J'ai tenu un fanzine de Rock pendant dix ans. Tout d'abord comme rédacteur en chef puis seul homme à tout faire puisque la vie et ses vicissitudes m'ont séparé des autres rédacteurs après seulement quatre numéros. Sous la plume de Calhoun Mooney, j'y étais bien plus à l'aise dans le dénigrement, la moquerie et la contradiction que dans l'indulgence. Rien n'a changé car tout était sincère, il faut dire que le milieu alternatif - je parle ici des vrais indépendants, pas des inrockuptibles ou des fins de catalogue de Major qui distillent leurs vidéo-clips estampillés indé sur la TNT, la nuit venue - ne regorge pas de pépites, comme ses acteurs le proclament à l'envi. Il était donc facile de pratiquer une scolie moqueuse. Néanmoins, le but n'a jamais été de rabaisser quiconque ni de blesser. Je n'ai jamais affirmé qu'une chose : mon opinion personnelle n'engage que moi.

Et c'est bien à cela que je renvoie quiconque me lit.

Tout ce qu'on peut trouver dans cette section, comme ailleurs sur ce site - sauf indication contraire - n'est que l'expression de mon opinion, mon ressenti, mes idées ; inutile de penser que je suis dans le faux, personne ne l'est à avancer des sentiments personnels.
Les chroniques qui suivent ne font que refléter ce que je suis parce que quand j'argumente un choix esthétique, je parle de moi.

J'ajoute une note très ancienne (2012) qui illustre bien mes positions sur le sujet :
On me dit parfois - plus particulièrement lorsque j'émets une opinion esthétique ; que je suis négatif ou même que je suis exigeant. La plupart du temps, il m'est reproché mes critiques (puisque c'est à cela que mes paroles sont réduites) et leur ton moqueur. Parce que je brocarde les industries et leurs productions spectaculaires qui ne me conviennent pas et que j'y vois une entreprise aussi mercantile que despotique (1). Exemple frappant de cet aveuglement : au retour du concert aux arènes de Nîmes du groupe Radiohead, je me suis entendu dire parce que je donnais mon avis, que je n'étais « pas capable de faire le dixième de ce qu'ils font ». Remarque parfaitement hilarante, sauf à considérer la virtuosité ou les moyens financiers comme des talents. La première est une compétence, la seconde une oportunité. Aucun des deux ne fait la passion, denrée indispensable au talent. Au-delà de l'argument vite dégonflé, je vois surtout la victime d'un système qui, jamais, ne cherche à voir plus loin que ce qu'on lui met sous le nez, principe même de la publicité. Une victime qui, non seulement est inconsciemment convaincue que ce qui se voit, fait du bruit, de l'argent et réunit beaucoup de monde, mérite d'être vu, lu, entendu. C'en est devenu l'argument de tous les marchands d'illusions des chaines hertziennes à qui on reproche leur démagogie, pour faire court. « Bon sang, mais dire que je présente des émissions de merde, c'est dire que les X millions de téléspectateurs de cette même émission sont des cons qui aiment la merde ! » Ce à quoi je réponds « Oui, bien sûr » (voir ailleurs sur le site).

(1) Despotique parce que dotée d'un arsenal de méthodes insidieuses dont l'efficacité n'est plus à démontrer.

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Avec un pseudonyme pareil, on imagine bien le petit Jacques friand de films d'horreur de série B. Ce n'est même pas le cas, il tape à tous les rateliers, surtout la production, et fait manifestement partie de l'armée silencieuse des aspirants à la célébrité d'hollywood. Autant dire One In A million...
Le petit Jacques a tourné deux longs-métrages dont Enter Nowhere qu'il n'a pas écrit puisqu'il a laissé cette tâche à deux auteurs aussi peu connus et aguerris que lui, tous les trois étant, tour à tour, producteurs, réalisateurs, producteurs exécutifs, blabla...
Enter Nowhere est bien ficelé et c'est son seul atout ; sauf à considérer que la présence d'un des fils de Clint Eastwood au générique est un atout. Bien ficelé car, une fois que le premier rebondissement...
La digression élève l'homme...
Encore une fois, tout repose sur ces fameux rebondissements qui semblent être devenus la raison d'être du cinéma... moderne ?
Quand reviendra-t-on à l'émotion et aux idées brillantes ?
La digression élève l'homme disais-je mais, le propos est ailleurs.
Bien ficelé dans sa progression et le dosage des révélations. « Trois étrangers, une connexion mystérieuse », tout est là : qu'est-ce qui réunit ces trois personnes qui, bien entendu, semblent n'avoir rien en commun ?
Une fois le premier rebondissement passé (ou encaissé pour les afficionados de ce genre de pirouette), les surprises se succèdent à un bon rythme.
Las ! Malheureusement, le cinéma peut aussi être une affaire de fric ; par petites touches, fort heureusement.
La scène de bombardement de Enter Nowhere ressemble tellement à la tentative maladroite d'un lycéen dépressif qui découvre une caméra pour la première fois, que ça donne envie d'éteindre le magnétoscope et fumer un joint pour se remettre de tant de médiocrité.
On leur a pourtant dit que les films fauchés doivent compenser par des idées et/ou des innovations d'écriture, on leur avait dit, pourtant. Eh bien les trois loustics n'en ont fait qu'à leur tête et la scène du bombardement - pourtant justifiée par la chronologie du scénario - devient le talon d'Achille d'Enter Nowhere. Le cinéma, art de l'illusion, ne se satisfait plus des illusions de Méliès.
Pour le reste, on a encore de bons clichés puants, notamment à la fin et, en parlant de clichés, une scène est à noter tout particulièrement.
Il s'agit de la scène où Samantha, la femme prude et catholique, demande à Jody, la fille paumée athée, qui fume de l’herbe et qui jure : « je peux le voir ? » (avec un sourire d’enfant à qui on a promis une rencontre avec le père Noël et qui va, enfin, « le voir »). « Je n’en ai jamais vu autant » ajoute-t-elle lorsque Jody lui montre l’argent liquide qu'elle a dérobé au début du film… c’est pitoyable, avilissant ! L’argent fétiche rend l’Homme con et l'Homme se plait à se le rappeler, à s'en convaincre, à s'y vautrer... Pauvre film.

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Les films en « Midnight » seraient-ils destinés aux mêmes écueils ?
L’autre soir, j’ai regardé Ten Minutes To Midnight, un film qui ne sait pas où aller. Un peu comme After Midnight.
Ici, le personnage qu’on imagine très vite central se fait mordre par une chauve-souris à son arrivée au studio d’enregistrement de son émission de radio sobrement intitulée Ten Minutes To Midnight. On pense de suite à une histoire de vampire et… c’est le début des emmerdes.
Après une galerie de personnages aussi improbables que ceux de certains films de Lynch, l’action part dans tous les sens : la piste du vampirisme se dilue dans les interactions hallucinées entre personnages, on commence à penser à un mauvais rêve puis un plan psychédélique et on finit par comprendre que Ten Minutes To Midnight est aussi un hommage aux films d’horreur de série B des années 80 ; un hommage à l’actrice principale, égérie de films de ce type ; un hommage aux émissions de radio libres et un hommage au Heavy Metal et un film gore (mais pas trop) au budget famélique(1). La dernière scène est littéralement un mélange de tout ça, au mépris de toute cohérence.
Ça fait vraiment beaucoup mais, ça reste jouissif tellement c’est bordélique.

(1) Une grosse éclaboussure de faux sang sur un miroir ou une vitre pour cacher la boucherie qui est censée provoquer ladite éclaboussure et, hop ! le tour est joué, nul besoin de maquillage, tout est derrière le sang sur le verre.

Don’t Breathe, Dede Alvarez (2016)
image décoTrois cambrioleurs font effraction chez un vétéran dans l’intention de lui dérober un magot présumé. Le pauvre homme est aveugle oui mais, c’est un vétéran des Forces Spéciales (celles qui ont permis aux usa de se faire respecter au Vietnam, en Afghanistan ou en Irak, je sais plus), il va donc leur mettre la pâtée.
Vendu comme un film d’horreur, DB est un honnête film de tension durant lequel on retient sa respiration. Tiens tiens… Les bestioles de A Quiet Place sont remplacées par un vétéran aveugle. On a presque affaire à un huis-clos, car l’action se déroule majoritairement dans la maison du soldat.
Le principal rebondissement est vraiment surprenant et pourrait faire de DB1 un vrai drame. Sauf que c’est hollywood, ça pétarade, ça court, ça saute, ça gesticule et les sujets intéressants servent à cacher la misère.
Comme disait un grand philosophe du siècle dernier : ça fait voir, comprenons par là que ça distrait pendant 1:38.

Don’t Breathe 2, Rodo Sayagues (2021)
image décoCette fois-ci le soldat dérangé (et aveugle, ça nous fait deux handicaps) est la victime de très passables et toutes petites frappes locales. Va-t-on assister à un nouveau duel opposant voyants et non-voyant ? Que nenni !
Le générique annonce des personnages créés par… et c'est tout ce qui relie DB1 et DB2. Grosso merdo, comment prendre les gens pour des idiots et réussir.
Sam Raimi, manifestement lassé de la création, se contente de produire les deux films. C'est à cet illustre bonhomme que l'on doit donc ce mépris. Mépris qui peut se résumer dans ce qui pourrait être les accroches des films :
DB1 : « Seul chez lui et aveugle, il repousse les assauts de trois cambrioleurs ! » (tatan!)
DB2 : « La vie s’écoule, paisible, rythmée par les entraînements paramilitaires quotidiens lorsque le destin frappe et là, une seule alternative : le muscle ! » (retatan!)
Pour DB2, Dede et Rodo (co-auteurs) recyclent des éléments visuels du premier épisode, le personnage central (pour attirer le gogo moyen qui pense voir une suite honnête à DB1), annoncent la suite de Don't Breathe, ramassent un rebondissement sorti de nulle part sur le sol détrempé (d'essence, c'est pour le feu de la Saint Jean final), font d’un honnête film de suspense un Rambo moderne (urbain et repentant) pour finir par nettoyer tout par le feu (pratique, le feu chez hollywood). Oh non, même pas, le feu ne purifie que le précédent film.
Escroquerie ? Sûrement.
Inutile ? Vous lisez dans mes pensées.

image décoUne idée ne fait pas un film, il faudrait l’enseigner dans toutes les écoles élémentaires américonnes. Hollywood est déjà chiant dans ses grandes largeurs industrielles mais, au final, hollywood devient extrêmement pathétique dans sa dimension sociale. Un tel miroir aux alouettes ; exposé au vu et au su de près de 335 millions de têtes de bétail nourries à l’égocentrisme et vouées aux cultes de l’abondance, l’avidité, la propriété et l’argent fétiche ; un tel miroir aux alouettes a de quoi tourner la tête du plus raisonnable des hommes et peut-être même de Noam Chomsky mais, c’est une autre histoire. Cette simple constatation mathématique faite, tournons-nous vers The Fare de Dagobert Charles Hamilton.
David Coco Hamilton a certainement formulé le vœu de trôner aux côtés des plus illustres réalisateurs américons (et se tailler une part du magot), un jour, en bossant la versatilité (principalement réalisation, écriture et montage), ce qui fait de Dimitri Celio Hamilton un homme d’ambition. Mais, alors, pourquoi Drago Cyrile Hamilton s’est-il réveillé un bon matin avec la mission de réaliser un film basé sur une seule idée aussi triviale qu’une dispute de cours de récré ? Je pose la question parce qu’il me semble que nombre de réalisateurs américons reconnus le sont devenus grâce à, au moins, un film potable, si ce n’est remarquable. Pas lui. Cinq ans après son premier court métrage, il commet The Fare, deuxième long après The Midnight Man.
Arrêtons-nous dix secondes sur le résumé de The Midnight Man : « After losing his rare genetic disorder--or the incredible ability--to be impervious to hurt, a hired assassin discovers the direct and immortal beauty of pain ». Est-il possible d’imaginer pareil synopsis quarante ans après l’abolition de la peine de mort ?
Que The Fare soit un film fauché à l’aspect de téléfilm ne serait en rien rédhibitoire, s’il était bien ficelé ou construit. Or, The Fare est aussi poussif au XXI° siècle qu’une coda en forme de « Ce n’était qu’un rêve ». The Fare n’est pas une affaire et si, un jour, notre mouton du jour Dialla Clarence Hamilton propose un film remarquable, je m’émascule à la lime à ongles.

image décoL’autre soir, fraîchement célibataire et un peu désœuvré, je me suis rendu chez mon fournisseur habituel pour y louer la cassette de Resolution, titre entraperçu dans une liste de films étiquetés « indépendant, mystère, horreur, sci-fi ». Bien entendu, pas une seconde il ne s’agit de science-fiction, terme le plus malmené depuis sa création. L’horreur y est si ténue, si différée, qu’il faudrait être hypersensible, mal réveillé, exténué ou enceinte pour ressentir un frisson. Mystère est un substantif bien pratique – pas étonnant qu’il n’ait fait son apparition que récemment dans l’industrie du divertissement cinématographique – qui ne désigne rien d’autre que l’intégralité de tout ce qui est produit en matière d’imaginaire, ce qui est bien conséquent, on en conviendra ; un peu l’équivalent de parler de la mer Méditerranée en l’étiquetant « milieu aquatique ». Quant à indépendant, ici encore, le mot ne veut rien dire, personne ne dit à quoi cela fait référence ; mais, cette mention a son importance pour attirer tous les bobos de type inrockuptibles du monde.
Resolution sera un film moderne tourné avec peu de moyens. « Peu » s’entend ici en comparaison des productions dispendieuses de Californie, c’est-à-dire une fortune pour un film pareil.
C’est le résumé de l’intrigue qui m’a poussé à louer la cassette : un gars marié se rend chez un pote pour le séquestrer durant une semaine dans le but de le désintoxiquer de son addiction…
… la digression élève l’homme.
Je suis triste : l’Académie a fait passer le substantif « addiction » dans son dictionnaire. J’avais espéré qu’ils fassent l’effort de trouver un équivalent avec le verbe « adonner ».
… son addiction à la méthamphétamine. Tout ne se passera pas comme prévu.
Le résumé promet bien des choses très floues et c’est bien du flou qui va parvenir au spectateur. En plus des pourvoyeurs de drogue violents, d’une histoire floue d’étudiants français qui auraient étudié les légendes locales et des rencontres qu’on pourrait qualifier d’inquiétantes, Justin et Aaron font des efforts pour suggérer la présence d’indicibles menaces. Mais les procédés sont si hésitants que le spectateur que je fus n’y a perçu que du dilettantisme.
Je me dirigeais donc vers un abyme de lassitude quand, soudain, le rebondissement ultime tenta de me prendre à la gorge ! Sortie de nulle part, si ce ne sont les éparses petites coupures d’images incompréhensibles et la présence d’inexplicables vidéos trouvées par les deux personnages principaux, l’explication de tout ce remue-ménage ! Explication qui reste partielle – et je ne parle pas seulement là de l’ombre (et seulement l’ombre) menaçante et, à l’évidence effroyable, qui s’étend sur nos deux personnages – et laisse Inbadreams sur sa faim qui n’était déjà pas celle d’un ogre arrivé à ce stade du récit. Comprenons-nous bien, je n’ai aucun besoin d’être tenu par la main ni qu’un auteur ou un réalisateur me livre le contenu de ce qu’il avait en tête pour son métrage. Je parle ici d’un film plat qui traite chaque thème, chaque indice, chaque fausse piste de la même morne façon. Parce que, comme pour After Midnight, on ne sait jamais où se trouve le sujet, c’est la valse des hésitations ; pas plus que Gardner ou Stella, Justin et Aaron n’utilisent pas le langage cinématographique et se contentent de poser le brouillon de leurs idées sur la grande table qui fait face aux spectateurs.
Les anti-hollywood manquent de méthode. Sauront-ils inverser la tendance avant la disparition de la vie telle que nous la connaissons ? Le suspense est insoutenable.

After Midnight, Jeremy Gardner et Christian Stella (2019)

image décoIl est des films dont on ne sait que penser, dont on ne sait quoi dire, qui ne nous ont ni touché, ni surpris ou excité mais, qui ne laissent pas indifférent. After Midnight est de ceux-là. Typiquement le film de deux passionnés (ou de pauvres types cherchant fortune facile) qui tentent de percer à hollywood avec une idée et un ton qu’ils espèrent suffisants pour ramasser un magot. Les deux s’essaient un peu à tout ; surtout jouer la comédie pour Gardner et plusieurs postes de production pour Stella. Ils finissent par coréaliser After Midnight qui nous intéresse ici.
Peut-être parce que les deux gus ne savent pas ce qu’ils veulent, leur film ne sait pas où il va, oscillant entre romance et film flirtant avec l’horreur ou le… mystère. Ce qui donne un cocktail bancal : sirupeux et anxiogène, tendre et préoccupant. D’un côté, ce couple très touchant, de l’autre, ce malentendu avec ce pauvre gars qui jure qu’un monstre visite les abords de la maison après minuit. Si c’est l’histoire du couple qui l’emporte c’est bien parce que c’est là-dessus que les auteurs ont insisté et parce que celle du monstre est anecdotique, mal foutue et ridicule pour son final, c’est-à-dire quand on voit le monstre presque en-pied. Il ressemble au cascadeur (ou acteur) déguisé en monstre multicolore qu’il est (la même chose que sur l’affiche avec des couleurs de paquets de bonbons !). La dernière fois que j’ai vu un costume de monstre aussi mauvais, les années 80 étaient naissantes. Avant cela, point de « mystère » comme c’est annoncé, de simples indices qui ne ressemblent même pas à des anecdotes, pas traités, pas mis en scène. Pas de progression dans l’angoisse, c’est au spectateur de se souvenir qu’une menace est sous-jacente.
Les réalisateurs ne s’ennuient même pas à essayer de jouer sur l’ambivalence monstre/désordre mental dû à la disparition de la fille. Non, jamais on se demande si le pauvre garçon ne pourrait pas perdre le Nord…
Enfin, After Midnight souffre de la même incurie formelle que The Battery, à peine si Gardner ou Stella se donnent la peine de travailler leurs cadres.
Bof, donc !
Néanmoins, After Midnight réussit son histoire de cœur – comme Gardner avait réussi son histoire d’amitié de The Battery – grâce, notamment à une séquence de quinze minutes en plan presque fixe du couple. Probablement mi-écrit, mi-improvisé, le dialogue est authentique (les deux acteurs sont en couple dans la vraie vie) et poignant. Les cassettes vidéo sont à bas prix de nos jours, il serait dommage de se priver d’une telle séquence…

The Battery, Jeremy Gardner (2012)

image décoJ’ai visionné The Battery sur un vieux magnétoscope que j’ai dû réparer avant de le faire fonctionner. J’ai fait ça (visionner, pas réparer) en une seule fois alors que je projetais de le faire en plusieurs fois, comme un pauvre humanoïde dégénéré du XXI° siècle. Parce qu’il m’a entraîné avec lui dans son récit aux rouages surprenants.
Pourtant, le synopsis est assez simple : deux potes sur la route. Nous n’aurons aucune explication. Ils marchent dans un décor d’amérique profonde, de cols bleus et de laissés pour compte. Parfois, ils croisent la route d’êtres humains hagards qui montrent une hostilité qu’on devine provoquée par une faim violente et irrépressible. On apprend à les connaître – les deux mecs, pas les égarés – de façon plaisante, à travers quelques péripéties et, de façon bien plus subtile, grâce à des scènes où l’écriture de Gardner fait des étincelles (il est auteur et réalisateur). Les deux personnages qui ressemblent, au début, à des caricatures s’étoffent jusqu’à devenir aimables dans leurs contradictions. Les dialogues – même si on devine de nombreuses parties improvisées – font mouche, ils puent la réalité, ne s’embarrassent pas de justifications (pas plus que le scénario qui n’est pas dans le conte mais le factuel) ni d’ambages. Comme pour After Midnight, le film s’intéresse finalement bien plus au portrait de ce couple (The Battery désigne le binôme lanceur/receveur de base-ball comme cela est expliqué ici) qu’au folklore de fin du monde qui les environne.
Et pourtant, pourtant, plus que dans After Midnight qui bénéficie toutefois de sept années de maturation professionnelle supplémentaires, le folklore en question fourmille d’idées qu’hollywood aurait rêvé d’avoir. Ou plutôt qu’hollywood aimerait pouvoir porter à l’écran. C’est souvent d’une grande audace et trop réaliste pour les louloutes de Californie, ce, jusqu’à la conclusion de la (longue) scène éprouvante dans la voiture qui clôt le film… Enfin, là où j’aurais adoré que le film se close ; ces cons se sont sentis obligés d’y ajouter quelques secondes en forme de fin heureuse après les deux premières lignes du générique de fin.
Si je ne racontais que cela sur The Battery, on pourrait croire que j’ai trouvé une pépite. Ce n’est pas le cas, le film me paraît souffrir de défauts qui, fort heureusement pour les pauvres hères de mon envergure, ne réussissent pas à contrebalancer les qualités qui le rendent attachant. Gardner sait écrire, à l’évidence mais, il a oublié que son support est cinématographique. Le film pourrait être tourné au téléphone portable que la différence ne serait pas si flagrante. Certains plans sont interminables et ce n’est pas justifié par l’ambiance ou les choix esthétiques absents. The Battery est un film figuratif bien écrit et qui recèle de nombreuses idées originales en plus de dresser un portrait double saisissant de réalisme. Jeremy Gardner et ses amis sont un peu les anti-hollywood du début du siècle.

image décoL’autre jour, j’ai revu Kalifornia avec Brad et Juliette. Film que j’ai sûrement vu sur petit écran plusieurs années après sa sortie puisqu’il est sorti l’année où j’ai décidé, sans demander l'avis du public, de faire la rencontre rapide et furieuse d’un rail de sécurité. Ça m’étonnerait quand même un peu que je l’aie vu avant avril de cette année en raison des activités qui furent les miennes entre janvier et avril, à savoir faire de la bécane, des apéros et me faire draguer par celle qui sera citée dans quelques lignes. De plus, un site français de cinéma, merdique mais de référence, m’indique une sortie en septembre. En septembre 1993, comment dire, je planais entre apprentissage de la vie sans jambes ni bras gauche ni équilibre, avec une copine qui avait déserté et du… Prozac. Administré pour raison inconnue, je veux dire à part celle, évidente, d’enrichir un peu plus un laboratoire pharmaceutique. Je planais, donc.
J’ai dû voir Kalifornia une seule fois sur un écran de tévé 30x30cm. Il y a 25 ans, à la louche. Je me souviens d’avoir apprécié l’exercice. C’est en le revoyant que j’ai pu confirmer que les effets du Prozac n’étaient pas totalement dissipés. Ce film est une drouille innommable !
Sena, venu de la pub et du clip aurait dû y rester. Il se prend pour Schumacher (qui aurait lui-même dû rester dans les jupons de sa mère ou demander qu’on l’abatte dès l’âge de quatre ans) qui aurait lu les deux commandements de Ridley scott : il place des fumerolles là où il n’y en a pas, des lumières aveuglantes et rasantes dans l’obscurité de la nuit nouâre, tout ça… Un vrai clip de glam-rock des années 80 !
Bon, admettons que l’esthétique des clips de glam-rock des années 80 soit acceptable… j’ai traversé cette décennie pour mon adolescence, ça ne l’était pas à l’époque, c’est devenu impie avec les années, mais, bon, admettons… Brad Pitt rend son personnage si caricatural qu’il fait passer les rednecks texans pour des titulaires d’une thèse en histoire moderne ; Lewis, qui pourrait être touchante dans le costume de son personnage se rend au même constat que l’autre byzantin et fait de la pauvre Adele une cruche poreuse. L’autre duo est bien plus intéressant et, lorsque Adele passe du temps avec Carrie, on rêve que la séquence dure un peu. Et non, Dominic castre tout le monde et remet les pendules à l’heure en séparant les deux personnalités qui s’apprivoisaient. Bravo Domi, vas-y, balance-nous un peu d’hémoglobine trop rouge pour faire réaliste, histoire de ne pas choquer les masses qui pourraient se déplacer pour voir ton métrage…
Tout est toc dans Kalifornia, le prétexte, les personnages, les acteurs, les fumerolles et les lumières rasantes tout autant que l’obscurité de la nuit nouâre. Jusqu’à la lie, la nausée, jusqu’à l’exécution du méchant par le gentil qui, poussé par l’évidence qu’il refusait jusqu’alors, perfore le crâne du premier parce que, faut pas déconner, les mecs comme ça ne méritent pas de vivre ! Exécution suivie du final heureux pour bien signifier à toute la planète que, on vous l’avait bien dit qu’ils ne méritent pas de vivre, la preuve les gentils sont graciés par la haute autorité morale…

On ne sait jamais à quoi correspondent les dates qui accompagnent les titres de film sur internet, on fera comme si ces deux-là étaient sortis la même année, soit 1983, l’année qui a suivi les sorties de Conan le Barbare et Blade Runner. Ce qui nous fait une année 1983 plutôt… besogneuse en comparaison de ce qui la précédait.

Mausoleum, Michael Dugan (1983)

image décoJe n’ai pas réussi à aller au-delà des 45 premières minutes de Mausoleum. Ça ressemble à du Z qui se prend pour du B. Un film fauché, pauvre en idées et dépourvu de talents qui bouffe à tous les râteliers : le surréalisme italien (lumières rouges et vertes utilisées à mauvais escient), une touche d’érotisme (la scène de la maîtresse de maison possédée qui séduit le jardinier fait passer le porno amateur pour du Kubrick !) et l’horreur pathétique… des années 70. Une caricature, à l’image de l’affiche. Une torture.

Angst, Gerard Kargl (1983)

image décoLe cas de Angst est très différent. Déjà, il faudra qu’on m’explique pour quelle raison, autre que sadique, le titre a été traduit par Schizophrenia ! C’est inadéquat, inexact et dangereux. Inadéquat parce que, même mon minable niveau d’allemand me presse de crier à la traduction erronée. Inexact parce qu’il n’est jamais question de schizophrénie dans le film. Dangereux parce que c’est laisser penser que tous les schizophrènes sont de dangereux fous sanguinaires.
Après cette petite mise au point, il est important de préciser qu’il est tout de même possible que Angst ait inspiré G. Noé pour ses Carne et Seul contre tous (1991 et 1998) et John McNaughton pour son Henry, Portrait of a Serial Killer (1986). Ce qui n’est pas rien quand on est un tant soit peu cinéphile.
Mais, mais, mais, de ce côté-ci de l’écran, Angst échoue là où les deux autres (Carne et SCT sont un peu liés et peuvent n’être qu’un) font du cinéma. Ce qui pourrait passer pour un chef d’œuvre de roideur et de cynisme digne de Less Than Zero, s’il s’agissait d’un bouquin, me semble perdre son temps à refuser tout parti-pris cinématographique. Les prises de vue emportées sont lamentables et ne font ressembler les séquences où elles interviennent qu’à des clips vidéos des années 80 et la voix-off ne distille que de l’ennui à vouloir être d’une neutralité blette. Pour un sujet similaire, Philippe Nahon et Michæl Rooker à eux seuls font cinquante fois plus que la non-intervention de Kargl. La seule réussite de Angst est de mettre mal à l’aise une fois, lors de l’assassinat de la jeune femme qui, malgré une mise en images et un montage infâmes, glace par son intensité réaliste. Je n’ai retrouvé une force pareille que dans les deux autres métrages cités dans cette chronique et Cannibal Holocaust, à mon sens indépassable dans le malaise.
Ça y est, j’ai vu deux films cultes, Angst et Mausoleum. Je peux retourner à mes films de cinéma…

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