J'ai tenu un fanzine de Rock pendant dix ans. Tout d'abord comme rédacteur en chef puis seul homme à tout faire puisque la vie et ses vicissitudes m'ont séparé des autres rédacteurs après seulement quatre numéros. Sous la plume de Calhoun Mooney, j'y étais bien plus à l'aise dans le dénigrement, la moquerie et la contradiction que dans l'indulgence. Rien n'a changé car tout était sincère, il faut dire que le milieu alternatif - je parle ici des vrais indépendants, pas des inrockuptibles ou des fins de catalogue de Major qui distillent leurs vidéo-clips estampillés indé sur la TNT, la nuit venue - ne regorge pas de pépites, comme ses acteurs le proclament à l'envi. Il était donc facile de pratiquer une scolie moqueuse. Néanmoins, le but n'a jamais été de rabaisser quiconque ni de blesser. Je n'ai jamais affirmé qu'une chose : mon opinion personnelle n'engage que moi.

Et c'est bien à cela que je renvoie quiconque me lit.

Tout ce qu'on peut trouver dans cette section, comme ailleurs sur ce site - sauf indication contraire - n'est que l'expression de mon opinion, mon ressenti, mes idées ; inutile de penser que je suis dans le faux, personne ne l'est à avancer des sentiments personnels.
Les chroniques qui suivent ne font que refléter ce que je suis parce que quand j'argumente un choix esthétique, je parle de moi.

J'ajoute une note très ancienne (2012) qui illustre bien mes positions sur le sujet :
On me dit parfois - plus particulièrement lorsque j'émets une opinion esthétique ; que je suis négatif ou même que je suis exigeant. La plupart du temps, il m'est reproché mes critiques (puisque c'est à cela que mes paroles sont réduites) et leur ton moqueur. Parce que je brocarde les industries et leurs productions spectaculaires qui ne me conviennent pas et que j'y vois une entreprise aussi mercantile que despotique (1). Exemple frappant de cet aveuglement : au retour du concert aux arènes de Nîmes du groupe Radiohead, je me suis entendu dire parce que je donnais mon avis, que je n'étais « pas capable de faire le dixième de ce qu'ils font ». Remarque parfaitement hilarante, sauf à considérer la virtuosité ou les moyens financiers comme des talents. La première est une compétence, la seconde une oportunité. Aucun des deux ne fait la passion, denrée indispensable au talent. Au-delà de l'argument vite dégonflé, je vois surtout la victime d'un système qui, jamais, ne cherche à voir plus loin que ce qu'on lui met sous le nez, principe même de la publicité. Une victime qui, non seulement est inconsciemment convaincue que ce qui se voit, fait du bruit, de l'argent et réunit beaucoup de monde, mérite d'être vu, lu, entendu. C'en est devenu l'argument de tous les marchands d'illusions des chaines hertziennes à qui on reproche leur démagogie, pour faire court. « Bon sang, mais dire que je présente des émissions de merde, c'est dire que les X millions de téléspectateurs de cette même émission sont des cons qui aiment la merde ! » Ce à quoi je réponds « Oui, bien sûr » (voir ailleurs sur le site).

(1) Despotique parce que dotée d'un arsenal de méthodes insidieuses dont l'efficacité n'est plus à démontrer.

Malgré l'acoustique déplorable du lieu, Nick Cave et les Bad Seeds ont sacrément chamboulé le public. Acquis, voire exclusif, celui-ci est même allé jusqu'à provoquer deux rappels, chose que je n'ai vécue que très rarement dans cette ville.
Il faut dire que, loin de se contenter de laisser agir le charme de ses chansons, les hommes ont mouillé la chemise et ont fait montre d'une appétence peu commune.
Le nouvel album a été plus qu'honoré, ce qui a eu pour effet de rendre la foule hystérique (Dig! Lazarus Dig! est, en l'espèce, un pousse-au-crime). De grosses impasses sur les vieux albums, mais l'humeur était au gros son et à l'efficacité à deux exceptions notables, aussi tout le monde est reparti conquis.

Ah oui, il y avait une première partie, lamentable, j'irais même jusqu'à dire pitoyable. Quand les groupes (ou les maisons de production) arrêteront d'imposer des groupes pour leurs premières parties et qu'on pourra découvrir des groupes locaux, on aura au moins l'aspect découverte à se mettre sous la dent. En l'occurrence, il s'est plutôt agi d'un sentiment de lassitude rapidement suivi d'impatience.

La salle Dock des Suds se situe... je ne sais plus où dans la bonne ville de marseille, mais je me souviens parfaitement que le lieu de ce concert était parfaitement accessible car de plain pied. Un hangar vaste et spacieux.
Mais je me souviens également très bien que, si j'avais été seul, je serais rentré à la maison avec mon billet dans la poche. Parce que les alentours ressemblaient à un quartier qui a subi une guerilla urbaine. Le bitume est tordu (de rire ?) partout, les bateaux aux trottoirs absents, etc. Je ne parle pas des places bleues, ça n'existe pas dans ce type de quartier et les bonnes gens font de l'amnésie à ce propos lorsqu'il s'agit de trouver une place pour leur propre cendrier. Donc voiture garée, par la personne avec qui j'assistais au concert, sur un trottoir avec transfert au préalable au beau milieu de la rue. C'est peut-être ça la guerilla : se battre contre ses congénères pour simplement vivre ?

L'autre jour, j'ai regardé Gravity.
Encore un procédé rhétorique sans fondement, cet « autre jour » date de quelque part entre 2017 et la mi-2018, sa nature indéfinie me paraît adéquate.
Et puis, on se fiche bien de savoir quand j'ai vu ce film.
L'autre jour, j'ai regardé Gravity, donc.
Il fallait que j'assiste à ce spectacle tant décrit comme un prodige dans les médias. Non pas un fim, un spectacle. 3D qui plus est, hola, ma Dame !
Je l'ai donc regardé sur un écran de 60cm, sans 3D. À l'ancienne ? Non, comme un réfractaire qui refuse de cautionner la mise à mort du cinéma en remplissant les caisses des producteurs américons. Raison pour laquelle je vois les sorties les plus putassières des années après leur sortie.
L'autre jour, j'ai regardé Gravity, re-donc.
Un film d'aventure de plus. En 3D. Dans l'espace.
Encore un film d'aventure, comme ça se fait pour tous les sujets, même les plus... concernés, même ceux supposés délivrer des émotions.
Même Interstellar est plus intéressant parce qu'il ne se contente pas de « belles images » et de montrer « la grandeur des humains » confrontés à des situations hors du commun, avec un peu de Dieu dans tout ça.
En termes de scénario, Gravity est minuscule et c'est là sa seule grandeur. Parvenir à captiver des centaines de millions de personnes sur le globe avec des images vaines qui bougent (vite) sur un écran, c'est grand. Mesmer ferait-il aussi bien ?
Même si on retrouve les mêmes ficelles dans les deux, Interstellar voit plus loin. Mais pas plus loin que ce qui a déjà été écrit vingt fois dans la littérature de l'imaginaire. C'est à croire que les lecteurs ne vont pas au cinéma. Ou que les spectateurs de grands complexes de cinéma ne se respectent pas.
​Un film d'aventure déjà écrit, avec les détails, les incohérences scientifiques, la myriade de clichés, de rebondissements prévisibles (parce que tous les scénarios hollywoodiens sont basés sur la même ligne cardiaque). Chaque fois, je me pose la question de savoir comment ces centaines de millions de personnes peuvent supporter une pareille routine de l'inexpressivité (non, ce terme n'existe pas).
Ce film n'aurait pu avoir d'existence qu'à la condition que Ryan meure noyée dans la capsule après l'atterrissage ! Cela aurait eu le mérite de stupéfier des centaines de millions de volailles en batterie...

Pour une raison qui m'apparait comme bien nébuleuse mais qui reste impérieuse, je ne fréquente les salles obscures qu'à dose homéopathique depuis le mois d'août 2007. Cependant, je regarde beaucoup de DVD et j'aime rappeler au monde qu'il existe autre chose qu'hollywood et que cet autre chose, même si bien moins spectaculaire que la production californienne, renferme la quintessence du cinéma dans toute sa diversité et son attrait émotionnel.

Quelles sont les raisons pour lesquelles je vais au cinéma ?
Comme pour beaucoup de choses, je n'ai aucune formation, je suis un peu un autodidacte de tout, j'ai pratiqué les lectures qui me semblaient bienvenues pour les bases théoriques et j'ai forgé mes goûts en pratiquant. Pour le cinéma, tout a paradoxalement commencé avec la télévision. Vous savez, grâce à cette chaine privée, anciennement hertzienne, désormais numérique, qui se créa une clientèle en revisitant le patrimoine cinématographique, et qui mise sur le sport depuis une bonne décennie. J'ai passé des journées et des nuits à m'abreuver de films, courts, moyens, longs métrages ; je regardais tout ce que mon emploi du temps d'étudiant me permettait, c'est-à-dire pléthore de films. De cette façon, j'ai appris à identifier l'adéquation qui existe entre un certain cinéma et moi.
Si je vous raconte tout ça, c'est moins pour vous parler de moi que répondre à la question.
Au cinéma, j'attends d'être, au premier chef, surpris, si ce n'est par le scénario, par l'originalité avec laquelle il est réalisé. Mais la singularité que je recherche est, le plus souvent toute contenue dans le sujet ou la façon décalée unique de l'aborder.
Le Dernier Combat, par exemple, est un sujet relativement original, traité de façon caractéristique, In The Mood For Love porte un regard différent sur une histoire d'amour bien conventionnelle tandis que Twin Falls Idaho fait éclater bien des clichés pour une histoire d'amour.
A contrario, Pretty Woman, un exemple entre mille millions, n'apporte rien de rien à l'histoire d'amour.
En plus d'être surpris, je veux pouvoir sentir que j'assiste à une création qui porte la signature de son auteur. C'est pour cette raison que je parle de 'film de' et jamais de 'film avec', je me moque, par ailleurs, de la prestation des acteurs, sauf à la considérer comme le fruit du travail du metteur en scène. A ce sujet, la comparaison que je fais entre Juno et Bliss (ailleurs sur ce site, comme d'habitude) peut vous renseigner là-dessus. Il est tellement de films impersonnels, au metteur en scène interchangeable, des films sans âme...
Et, au final, je veux que les films que je vais voir, m'émeuvent d'une façon ou d'une autre, chose qui n'est pas objectivable mais qui reste ancrée dans les arguments ci-dessus. Un film que j'appelle quelconque ne peut m'émouvoir, même si son histoire est en mesure de le faire.

Je commencerais donc par vous parler d'un film qui continue de m'émouvoir, presque trente ans après l'avoir vu au cinéma pour la première fois.

Dead Ringers, de David Cronenberg.

(Très) adapté d'un roman, lui-même inspiré d'une tragédie, ce film est, à mon sens, le sommet de l'art de Cronenberg et un pic émotionnel de l'histoire du cinéma.
Tout est extrême dans ce film, tout, de la prestation de Jeremy Irons ou la mise en scène de Cronenberg, les obsessions de ce dernier, la beauté psychanalytique, jusqu'aux émotions dépeintes - éjaculées devrais-je dire.
Pour le moins extraordinaire, cette intensité confine à l'héroïque. Héroïque comme passionné, violent.
Chaque fois que je visionne le DVD, je retrouve ces sensations antagonistes si fortes, si proches de la vie dans ce qu'elle a de suprême, comme seul l'art peut la sublimer. Chaque fois, j'y vois quelque chose d'infiniment différent, toujours identique à la beauté de l'amour.
Pourtant, je suis persuadé que beaucoup n'y voient qu'une histoire terrifiante.

Pour toutes ces raisons, Dead Ringers est un monument poignant.

D'ordinaire, je déteste les remake parce que le plus souvent proposés par les américons, ils ne sont qu'une façon d'adapter une œuvre personnelle à une clientèle précise (le peuple américon et, plus largement, la majorité des pays qu'ils ont colonisés, c’est-à-dire ce qu’on appelle l’occident). L’art travesti en bien de consommation courante : l’émotion codée, les sensations rabotées puis polies, l’expression étouffée, diminuée pour correspondre à des critères de confort psychique appris… une castration en règle.
L’exemple le plus frappant auquel il m’ait été donné d’assister fut l’outrage fait au chef d’œuvre suédois intitulé Let the right one in. D’un film personnel, subtil et délicat, les américons firent un machin bien gras comme un donut et raffiné comme un hamburger.
D’ordinaire, je ne goûte pas les préquelles (je ne sais pas si le terme est entré au Petit Robert) parce que je préfère qu’un film me laisse la place d’imaginer, de conjecturer, d’anticiper, de fantasmer tout ce que je veux au sujet de ce qui ne m’est ni montré ni explicité. Je pourrais en dire autant au sujet des séquelles, en effet. J’aime qu’un auteur me donne un point de vue, par définition incomplet, pour imaginer les autres.
The Thing, version 2011, est à la fois un remake et une préquelle et pourtant j’ai kiffé !
Je nuance immédiatement mon propos : kiffer n’excède pas le « j’aime bien » dans mon vocabulaire. J’ai donc bien aimé The Thing 2011 (TT2, par opposition à TT1, le film de John Carpenter), alors que c’est un remake et une préquelle.
J’ai bien aimé TT2 pour diverses raisons dont la première est, justement, que c’est un remake et une préquelle sans qu’on soit sûr de l’intention initiale. Le film de Carpenter appelle à la préquelle par le truchement de la scène qui l’introduit (l’hélico qui poursuit un chien, quoi de mieux pour stimuler l’imagination ?) et il est finalement assez âgé pour justifier un remake au regard des évolutions incroyables qu’ont connus les effets spéciaux ces trente dernières années.
TT2 est un très bon remake tout en étant une préquelle, je le rappelle au cas où je n’aurais pas assez insisté précédemment. Un remake respectueux, ni surenchère méprisante ni copie carbone.
Les efforts ont porté sur l’ambiance, pas les artifices, même si les effets spéciaux sont présents. Présents, pas envahissants, et très réussis. La bestiole était déjà fascinante, elle en devient belle (notion très subjective).
D’autant qu’on n’assiste pas à la mise à mort de Rob Bottin (maquilleur de TT1) par pulvérisation, mais plutôt à une actualisation (numérique) de son boulot sur le film de Carpenter. Le côté foutraque de l’alien est conservé, les deux têtes partiellement fusionnées sont explicitées, etc.
La structure du film est presque identique, les scènes de tension conservées et légèrement différentes (le test avec les échantillons de sang devient…), bref, c’est un remake (jusqu'au générique de début).
Remake qui ne raconte pas la même histoire puisqu’il relate les événements qui ont précédé ceux de TT1 !
Une préquelle, donc, CQFD !
Nouveaux personnages (pas toujours profonds, c’est vrai, mais ceux de TT1 l’étaient-ils et est-ce bien le but de films pareils ?), confrontation différente à la créature (beaucoup plus explicite mais tout de même modérée) et nouveaux éléments. C’est d’ailleurs la partie que j’ai le moins appréciée mais qui apporte un vrai plus par rapport à son modèle : deux personnages pénètrent dans le vaisseau spatial et nous sommes amenés à voir une entité tout à fait originale. Ce qui laisse moins de place à l’imagination du spectateur, voir le début de cette chronique.
The Thing 2011, un bon remake, sorte d’humble mise à jour d’un excellent film, qui raconte ce que le début du Carpenter cachait (et un peu plus) avec une efficacité de série B tout à fait honorable.
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Il me reste maintenant à visionner le film de 1951…

La boucle est bouclée : j’ai vu The Thing From Another Planet, le film original de 1951.
Je ne sais toujours pas – et ne saurai probablement jamais – si le long-métrage est une adaptation fidèle de la nouvelle ou pas, mais peu importe.
C’est un film d’après-guerre (les russes sont immédiatement mentionnés quand un OVNI atterrit sur terre, on sent à peine le Mc Carthysme rampant), en noir et blanc, réalisé 31 ans avant le Carpenter, lui-même réalisé 29 ans avant celui de 2011. Amusant car, comme je le disais pour TT2 (qui du coup devient TT3), l’âge du film justifie le remake, ne serait-ce que pour les effets spéciaux. La Chose est jouée par un acteur grand et balèze, vaguement grimé. Une bestiole humanoïde montrée à deux ou trois reprises. Pas d’idée d’angoisse comme dans TT2 et 3.
Bien entendu, l’horreur de l’époque n’a plus cours et ne réside pratiquement que dans la peur de l’invasion (saletés de communistes !) et dans l’aspect… « terrifiant » de la musique qui n'a de terrifiant que le peu d'implication qu'a manifestement mis son compositeur à la créer.
Pour moi, le film ne revêt qu’un intérêt très réduit mais, quand on le regarde plus de soixante ans après, avec deux remake dans les pattes, c’est une autre paire de manche.
On s’aperçoit que Carpenter a pris beaucoup de libertés, et c’est tant mieux, et que, finalement, c’est TT3 qui ressemble le plus à TT1… Tout en collant à TT2.
On n’en sortira pas, remake, préquelle, séquelle, pfiou !
TT1, comme TT3 commence avec la découverte du vaisseau spatial et le rapatriement de la créature avec le glaçon tout autour. Glaçon qui fond dans TT1 pour libérer The Thing, créature qui fait voler le glaçon en éclat pour TT3.
Mais les similitudes s’arrêtent là.
Dans TT1, la chose est comparée… à un légume (une super carotte !) et se reproduit très rapidement grâce au sang mais il n’est jamais question d’imiter une forme de vie, pas dans le sens de Carpenter, en tout cas. C’est apparemment ce dernier qui a introduit l’idée d’imitation cellulaire. Dans TT1, il s’agit de détruire le monstre pour les militaires et l’examiner pour le scientifique. Une opposition toute théorique très en vogue à l'époque. Le film est assez court, 86 minutes, parce qu’il n’y a qu’un embryon de scénario : découverte, compréhension, destruction.
En conclusion, chaque film de la série est très éloquent sur l’époque à laquelle il a été réalisé et c’est un vrai plaisir de comparer les trois. Par exemple, le graphisme du titre date de 1951 !

J'ai vu Under the skin, ce matin.
On se moque bien de savoir de quel matin je parle, tenez-vous bien !
Presque deux heures que je qualifierais de… âpres mais captivantes.
Under the skin ne pratique pas le contact avec son public, il reste à distance comme est supposée le faire sa protagoniste principale.
Il est de ces films sans concessions, presque égoïste, mise en images de la vision d'un metteur en scène (en l'occurrence adaptation d'un roman).
Le rythme est lent, contemplatif. Un long-métrage qui ne se donne pas, qui nécessite de la réflexion, de l'attention et un vrai abandon sensoriel ; du cinéma, à mes yeux.
Les rares effets spéciaux sont très bien intégrés et ne constituent pas le seul intérêt du film, ils sont un moyen, ce qu’ils devraient se limiter à être en matière de cinéma.
L’histoire n’est pas loin de n’être qu’un prétexte tant le principal est dans les symboles, les ressentis, les sensations, plus suggestif que figuratif. À ce titre, la bande son et la musique sont cruciales et font partie intégrante de la réussite sensuelle du film. Déjà, ça n’est pas de la science-fiction stricto sensu (comme le claironnent les fiches trouvées sur le net) mais, là encore, peu importe.
Le film m’a rappelé Trouble Every Day en plus… anglo-saxon ; anglo-saxon comme l’écriture factuelle de Carver ou Salinger, il montre sans appuyer, sans décrire, sans peser. Et c’est là, à mon sens, le seul bémol que je vois dans mon appréciation du long-métrage. On ne peut que supposer que la créature incarnée par Scarlett se met à éprouver de la compassion (humanité ? émotions ?) en revêtant cette « peau » (le titre) humaine, car l’actrice reste impassible du début à la fin et rien – à part ce qu’on peut déduire des fameux faits montrés, aperçus ou devinés, c’est là un des intérêts de la participation active du spectateur – ne suggère qu’elle change, qu’elle éprouve. Or, un film aussi implicite ne peut se contenter de vides pareils.
En un mot comme en cent, on aime ou on déteste.
Il y a fort à parier que celles et ceux qui se sont impatientés en voyant les 3m50 qui suivent le générique (abstraction totale, incompréhensible dans un premier temps), n’ont pas supporté le reste.
A contrario, quiconque aime les singularités, interroger son esprit et ses sens, peut se sentir transporté par ce long métrage.

L'évoquer sur un forum de personnes de goût m'a donné envie de le revoir, j'ai donc revu avec grand plaisir Spider.
Ce film est un drame, il n'est question ni de science-fiction, de fantastique ou de cinéma de l'imaginaire, il s'agit au mieux d'un drame qu'on pourrait qualifier de drame de l'imaginaire...
« Après plusieurs années d'internement, Spider, un jeune homme souffrant notamment de schizophrénie, est transféré en foyer de réinsertion dans les quartiers de l'est de Londres. Non loin de là, Spider a vécu durant son enfance le drame qui a brisé sa vie. Avant ses douze ans, il est convaincu, dans son délire, que son père a tué sa mère pour la remplacer par une prostituée dont il était tombé amoureux. Spider replonge alors peu à peu dans ses souvenirs et décide de mener une enquête... » – oui, si on veut... rien ne dit qu’il est schizophrène et « l’enquête » n’en est pas une, il s’agit d’un cheminement mental à rebrousse temps (au début), puis… des découvertes.

« The only thing worse than losing your mind... is finding it again »

Les films de Cronenberg se prêtent aisément à l’analyse sur plusieurs niveaux. Tout d’abord parce que le metteur en scène sait parler de ses films comme un auteur possédé peut le faire, en véritable créateur passionné. Spider peut se regarder de plusieurs façons.
Sur allociné, par exemple, les fans de Fast And Furious s’ennuient, va savoir pourquoi. Parce qu’on ne pénètre pas dans la psyché d’un gars traumatisé en faisant crisser des pneus, je pense.
Sarcasme mis à part, comme pour Under The Skin, il s’agit de cinéma exigeant, ce n’est pas du divertissement (1). Ce qui peut paraître étrange sur l'écran, irréaliste pourquoi pas, a une bonne raison d’être… dans la tête du protagoniste principal. Ce qui fait de Spider un film expressionniste comme Cronenberg le dit dans le commentaire audio du DVD que j’ai le plaisir de posséder.
Spider pourrait n’être qu’un film de plus dans la longue liste des films à revirement final, mais non.
En premier lieu, surprendre le spectateur ne semble pas être le but affirmé, on peut reconstruire l’histoire à partir d’indices et ne pas être surpris à la fin.
Si je classe Spider dans la catégorie des chefs d’œuvre, ce n’est pas seulement pour le boulot phénoménal de Ralph Fiennes sur son personnage ou la prestation de l’actrice qui tient trois rôles ou les mille détails de démiurge qu’a déployés Cronenberg (après tout, ce n’est pas si rare chez lui) en metteur en scène méticuleux qu’il est. Spider est un chef d’œuvre parce que tout cela s’agence – n’oublions pas la musique d’Howard Shore, une fois encore poignante et si prégnante, véritable clé de voûte de l’édifice – de façon miraculeuse pour faire un long métrage déchirant (je me suis rarement attaché à ce point à un personnage) et d’une telle beauté – les cadrages sont de vraies compositions artistiques, même le vide relatif de la bande son « ambiante » raconte une histoire. Celle de Spider.

(1) Il est plus qu’utile de faire la lumière sur l’emploi que je fais de ce terme. Je sais très bien quel en est l’usage courant et je ne voudrais pas laisser croire que je suis un triste sire qui refuse tout amusement et n’utilise ce mot qu’à des fins sarcastiques comme si s’amuser était synonyme de bêtise. Non, ce qui m’horripile dans « le divertissement », c’est sa sémantique quand on l’emploie pour qualifier une œuvre telle qu’un film.
L’Académie nous renseigne :
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DIVERTISSEMENT n. m. XVe siècle, au sens de « action de détourner quelque chose ». Dérivé du radical du participe présent de divertir.1. DROIT. Détournement frauduleux. 2. Litt. Ce qui détourne quelqu'un de ses occupations, de ses soucis, de ses peines. Spécialt. Selon Pascal. Ce qui détourne l'homme de penser à sa condition, à la mort, au salut. 3. Amusement, distraction. Les jeux du cirque étaient le divertissement favori du peuple romain. L'étude était pour lui un divertissement.
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Et c’est bien là le problème. Se divertir avec Fast And Furious, par exemple, c’est s’oublier, oublier, se détourner de l’essentiel, s’endormir, s’engourdir et… prêter le flanc à tous les conditionnements. Au premier chef, celui qui consiste à croire qu’un film sans action, sans rebondissements réguliers, sans effet spectaculaire, un film pareil ne vaut pas la peine d’être vu. Cela a pour effet de priver les gens de toute curiosité, de tout appétit pour ce qui ne leur est pas familier, c’est-à-dire les divertir de tout ce qu’on peut faire en dehors du divertissant.
La lecture des commentaires de spectateurs sur un site de cinéma vous en convaincra.

Le metteur en scène de Donnie Darko et Southland tales se propose de revisiter une nouvelle de Richard Matheson, sorte de demi-dieu américon de la nouvelle fantastique courte et auteur hollywoodien prolifique.
Kelly ne respecte guère la lettre de la nouvelle (la chute du texte est à peine évoquée dans le film, de façon anecdotique) et n'en garde que le prétexte fantastique (une boîte à bouton, si tu appuies tu touches le pactole mais quelqu'un meurt) pour l'agrémenter de ses propres thèmes qui rejoignent vite ceux de son précédent film.
La critique voit, sous le substrat fantastique donc, une réflexion philosophique teintée de références bibliques.
Le public - il faut situer le film dans son époque - ne cherche que divertissement et scénario surprenant.
Or, Kelly n'a pas le courage de se positionner lors de la fin du film, tout reste à imaginer. Il lâche, à la fois public et critique dans un gouffre d'intentions.
D'un côté, il n'a que deux heures de film pour montrer ce qu'il a extrapolé, ça foire car le garçon est, certes, ambitieux mais ne s'appelle pas Kubrick. Ce n'est pas qu'un film fantastique.
De l'autre, tout est confus, les pistes sont amorcées avec la même intensité, le garçon ne sait pas suggérer, jouer du mystère, il montre sans talent ni personnalité ; au final l'horreur du geste perd son poids philosophique pour s'alléger comme dans un film de SF hollywoodien dans lequel tout n'est plus que spectacle passif.
Et la fin n'en est pas une, bien évidemment...

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