Assister à un concert de ce trio est presque déroutant pour les personnes qui, comme moi, n'ont jamais su aligner deux notes ailleurs qu'au collège pendant les cours de musique. On est au-delà de la virtuosité. Parce que les trois hommes jouent ensemble depuis trente ans, leurs concerts relèvent de la démonstration d'empathie. Je n'ai reconnu qu'un morceau, mais la moitié du répertoire joué ce soir-là m'a enthousiasmé. Il n'est pas nécessaire de jouer d'un instrument pour se laisser aller lors d'un tel concert. Il n'y a rien de particulier à dire, excepté cela ; mais on perçoit toute l'universalité de la musique dans cette simple constatation.

Oh, j'oubliais, ce concert a aussi sa face sombre...

Quelqu'un a dit un jour, en substance, que la gloire était la mort éclatante du bonheur. Le 23 juillet 2010, ces Messieurs Jarrett, Peacock et De Johnette nous en ont fait une démonstration brillante. Avec ce trio, la virtuosité est au rendez-vous, mais les Hommes se sont fait la malle depuis longtemps. Jarrett a la réputation d'être capricieux, exigeant, caractériel. J'ajoute égocentrique, il ne faut pas oublier qu'il fait placer des micros dans son piano pour qu'on l'entendre gémir lorsqu'il joue.
Pour des ministres du Jazz, les musiciens ont été exécrables et méprisants : déjà, ils arrivent avec 45 minutes de retard sans un mot d'excuse après qu'une personne ait été chargée de nous avertir que 'les artistes' ne veulent voir ni enregistreur ni appareil photo. Après une demi-heure de musique, De Johnette arrête de jouer et fait signe à un spectateur qui vient de prendre une photo qu'il veut l'égorger. Oui, l'égorger, le sort qu'on réserve aux animaux d'abattage. Intervention de Jarrett qui réitère les menaces. Plus tard, l'incident a eu un écho terrifiant : arrivés au trois quarts du concert, les hommes s'interrompent et Jarrett intervient au micro (placé là pour ce seul effet) pour dire qu'ils ne reprendront pas la prestation tant que l'enregistreur de la personne au premier rang ne sera pas en leur possession. Le gars en question s'est avéré être une personne tétraplégique sur un fauteuil roulant électrique. La commande électronique a certainement émis une petite lumière que le jazzman a confondu avec celle d'un dictaphone. Pas une excuse, à peine si le pianiste explique son geste. Ils nous ont royalement honorés d'un rappel et se sont tirés avec la caisse après 90 minutes de standards du Jazz. Minable !

La popularité de ce groupe n'a certainement pas besoin de ce site pour continuer la phase ascendante entamée en 2004, mais il me parait opportun d'ajouter quelques mots à propos de cet album que je trouve exceptionnel au point de laisser tomber quelques défenses réflexes que j'ai acquises au fil du temps. Parce que, comme pourrait le dire Georges Foveau, seul le résultat compte.
Le premier album, en 2004, avait ouvert la voie de fort belle façon ; Empire, comme beaucoup de deuxièmes albums, m'avait profondément déçu, disque tiède, sans personnalité (j'aurais pu en dire que les obligations mercantiles ont été plus promptes que le talent)... C'est 2009 qui devait révéler le talent incroyable de ce quatuor avec ce West Ryder Pauper Lunatic Asylum.
Je tenterais de ne pas être redondant sur l'évidence de la variété de ce disque, en ajoutant simplement que j'ai rarement été aussi enthousiaste à ce sujet, que les garçons font un grand écart entre chaque chanson et qu'ils parviennent à faire de chaque morceau un moment de bravoure, un modèle de composition et un écrin de plaisir d'écoute ; la moitié de l'album donne envie de danser comme rarement ! Pour cette seule raison, je le recommanderais à tout amateur de musique.

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