Qu'allais-je faire dans un traquenard pareil ? Comme tout le monde, j'allais voir Iggy Pop faire son numéro. Et c'est bien ce qui se produisit, j'assistai à un numéro, celui d'une icône d'un autre temps, coincée dans un monde moderne, accompagnée d'un groupe de grabataires nostalgiques, The Stooges.
D'un côté, à les regarder tous les cinq, on jurerait voir des momies fraichement animées par un apprenti sorcier. De l'autre, l'artillerie des gimmicks du grand capital capable de tout vous vendre, même la subversion. On rote des fuck, on échange des gestes obscènes avec Iggy Pop, on essaye de toucher la main tendue du messie trash, on sort le téléphone pour immortaliser l'instant et on porte fièrement des tshirts pour un concert à 40 euros ! (sociologiquement parlant, le vivier est infini) Vicious et Strummer s'en retournent dans leur tombe.
L'endroit est inadéquat, le public n'est pas à sa place et, comble du mauvais goût, le groupe lui-même n'a rien à foutre là. Tout est tellement entendu que les chansons qui sonnent déplacées sont celles de Weirdness, pas besoin de connaitre le répertoire du groupe par coeur pour l'entendre.
Sur scène, les papys sont chaperonnés comme des enfants qui se bavent encore dans le cou et font défiler les chansons sans prendre le moindre risque. Le set s'appuie sur les titres phares et les musiciens jouent, immobiles, en s'appuyant sur la performance du chanteur. Tout se termine avec No fun (quelle surprise !) et le groupe disparait sans un regard, mais avec la caisse.
Plus je vois des gens faire du rock sur scène, plus je suis convaincu de la nécessité d'imposer l'algorithme 130 (1 seul album, âge maximum 30 ans et basta !)
Je vous épargne tout le mal que je pense de Weirdness et de Beat em up, sa seule influence malheureuse, c'est mon jour de bonté... Non, je déconne, ce mot n'existe pas dans mon vocabulaire.

Ex nihilo, le titre de cet article n’est pas clair. Espérons que la lecture de ce qui suit le rende moins mystérieux.

Les séries américonnes ont envahi… les écrans consentants du monde entier (1). Moi aussi, j’ai baissé les bras et je donne sa chance à une série de temps à autre. Aujourd’hui ou plutôt entre 2014 et 2016, sur divers écrans, à intervalles irréguliers, j’ai vu Heroes.
Pourtant les deux mots série américonne dans la même phrase me font prendre mes jambes à mon cou (pour y faire des nœuds ?), mais cela faisait partie d’une série de concessions ; qui me furent fatales, mais le sujet n’est pas là.

Pour un américon moyen (ne serait-ce pas là un pléonasme ?), confronter des individus ordinaires à des pouvoirs extraordinaires est une très belle idée de départ. Sujet maintes fois traité dans la littérature de l’imaginaire mais, comprenons-les, il s’agit surtout d’affubler les personnages de costumes moulants et se rouler avec délectation dans cette mythologie douteuse de cinq décennies d’âge. Bien pour un whisky, trop peu pour une mythologie digne de ce nom. Mais und wennschon ? comme dirait un ex-gouverneur de la ville des angelots.

Heroes, ou comment étouffer une idée dans le gras. La série déroule sa cohorte de lieux communs et de clichés pour conditionner les masses. J’enfile mon costume moulant, j’attrape un micro et je me prends pour un journaliste français :

C'est quoi cette série qui étale sur plus de cinquante heures (les 4 saisons) une histoire qui pourrait nous tenir en haleine pendant 10-12 épisodes et nous laisser un souvenir impérissable… plutôt que nous ennuyer après 20 interminables et répétitifs épisodes par saison ?
Un petit coup de futur avec paradoxe ou pas, un retour dans le passé et hop ! on emballe l'affaire, ni vu ni connu, douze épisodes en plus qui n'ajoutent rien !
Tous les personnages doivent faire le choix cornélien, plusieurs fois par épisode, un coup dans le futur, un coup dans le passé ; ça nous fait gravement chuter le cours du choix cornélien sur les places boursières du drame !
Ont-ils battu le record de rebondissement/révélation à la minute ? Si ce n'est pas le cas, c'est que les autres ont triché.

Saison un.

La saison un qui est toujours la moins ennuyeuse présente une grappe de personnages plus stéréotypés que dans un film de Steven Spielberg, ça rassure les foules. Mais comme ils « attrapent » tous un super-pouvoir, c’est original. Dans la tête d’un américon. Un truc moyen, comme précisé plus haut.

À partir de ce point, je retranscris une partie de ce que j’écrivis sur un site défunt, parce que ça m’amuse. Surtout la phrase sans trop de ponctuation plus bas.

Saison deux…

Oh mon Dieu, ils l'ont fait !
Je m'arrête en plein milieu de l'épisode sept, dégoûté.

Par appât du gain (quoi d'autre ? pas la ferveur artistique en tout cas), ils ont recommencé. Après l'explosion nucléaire qui détruit NY (quelle bonne idée, pourtant, raser une ville pareille), c'est le virus qui décime 93% de la population mondiale.
Voyages dans le temps (futur et passé, tant qu'à faire) et rebondissements jusqu'à la nausée – je voyage et je deviens le légendaire héros dont je lisais les histoires (putain, encore une idée que personne n'avait eue en 200 ans de littérature fantastique !) – je voyage et je répare le passé depuis le futur. Ou l'inverse, à moins que... Oui, bon sang, c'est bien ce personnage que tout le monde croyait mort qui reparaît mais qui, oui, est trahi par celle qu'on n'attendait pas pour que l'autre puisse voyager dans le temps et sauver Machin qui, lui, tue son père et cesse d'exister pour que l'agence ait enfin la possibilité de créer le vaccin qui sera détruit par le gars qui revient du futur pour voler le pouvoir du personnage qui est supposé être mort en début de saison X parce qu'il ne sait pas encore que la mère de l'oncle du père de la fille illégitime de Babar n'est pas vraiment morte dans l'accident survenu dans le passé mais que Bidule s'est empressé d'annuler en allant dans le futur délivrer le personnage qui, ô surprise, a changé de bord sans qu'on le sache lors de l'épisode qui n'a pas encore été diffusé que le virus l'a tué, lui et son animal de compagnie qui a mordu les fesses de l'enfant mort-né qui développe ses pouvoirs afin de les offrir à la fille du mec qui pensait être un homme mais qui ne sait plus qui il est depuis le voyage dans le futur qui a altéré sa perception du monde et qui l'empêche de voir le grand méchant qui revient tuer tout le monde parce qu'il est très vilain depuis que le personnage qui voyait dans la tête des gens ne voit plus rien car le passé a recouvert le futur sans que le présent ne s'en rende compte pour que la famille de Nelson Mandela soit libérée du joug de l'homme sans cape qui peut voyager dans l'espace mais qui ne le fait pas pour pouvoir sauver la planète de l'avidité des hommes qui pourchassent les êtres doués de pouvoirs qui, eux, voyagent dans les livres d'histoire pour arrêter l'histoire car la fille du nain de petite taille qui devenait tout rouge n'a pas pris son flingue le matin du jour où il a remonté le temps mais, par chance, il le retrouve au moment-même où l'assassinat du directeur de la compagnie qui s'apprêtait à tuer le fils pas encore né de l'union incestueuse de la tante du frère de Jessica et du grand-père de l'oncle de ma sœur qui bat le beurre échoue pour sauver l'humanité de la terrible menace que Pinocchio faisait peser sur l'homme qui absorbe les pouvoirs des autres sans les contrôler, ce qui fait peser une menace sur l'équilibre des forces lorsque la femme qu'on pensait innocente se révèle tirer les ficelles de Polichinelle mais arrête soudain de tirer quoi que ce soit et met la vie de son propre fils en danger car celui-ci vient d'apprendre que son ami d'enfance complotait dans l'ombre du palmier que le tout premier mutant avait planté dans le désert après avoir voyagé dans le temps pour trouver l'artefact qui sauve le monde.

Vous avez tout lu sans rire ?
Alors, vous adorerez Heroes !

Pas de chance pour moi, j'aime les histoires, pas la logorrhée.

Tu m'étonnes que l'auteur original s'est excusé mille fois… Dès la saison deux, on prend les mêmes, on ajoute deux personnages qu'on suit de loin – on garde les mêmes ressorts, on change les noms – on meurt, on ressuscite, on disparaît, on reparaît – on voyage dans le temps pour ajouter une menace – on perd, on retrouve, on chasse des pouvoirs…
Les auteurs ne trouvent rien d'autre à faire que jouer dans le même bac à sable sans jamais apporter quoi que ce soit de neuf. Les recettes de la première saison suffisent. Pitoyable.
La routine pénible.
Ce qui me fait penser à cet argument que beaucoup avancent en faveur des séries, comparativement aux films : « la série permet de mieux connaître les personnages ». Or, dans Heroes comme dans tant d'autres, on ne connaît pas mieux les personnages, on se familiarise avec eux, ce qui est très différent. De plus, l'argument du changement d'attitude au fil des épisodes ne vaut pas plus ; au mieux, ça démontre l'instabilité de leur personnalité artificielle et binaire. Et puis, ça permet de faire dire à tout le monde « je suis désolé », « je te demande pardon » – oui, étrangement, les américons ont cette élégance qui fait défaut aux français de ne pas « s'excuser » mais de « apologize » – pour ne jamais, ô grand jamais, reconnaître ou assumer leurs conneries/erreurs et, par conséquent, s'autoriser à recommencer.

Saison trois

Discours ouvertement catholique dès le premier épisode qui se poursuit à visage découvert maintenant ! Et le reste reprend tous les éléments pour les triturer dans tous les sens. Je ne vous refais pas le topo, vous avez compris. J'ai tenu quatre épisodes puis j'ai jeté l'éponge.

Le titre est-il assez clair une fois l’article achevé ?
Je place mes espoirs en toi, lecteur invisible. Si, une fois arrivé ici, tu as compris de quoi parle le titre, j’ai réussi ma mission, je mérite la présence du I de Inbadreams sur mon costume moulant.

(1) Encore une fois, leçon d'estime de soi des québécois qui ont traduit le titre de la série par Les Héros.

Voilà un groupe à la fois classique et original.
Pour un amateur de Dub, il doit s'agir d'un bon groupe sans plus (si vous voulez mon avis, le Dub ne prête pas à plus).
Par contre, si comme moi, vous cherchez la singularité partout, vous devriez être satisfait. Parce que de Dub, Lab° n'en a que le squelette.
Si leur premier album, Dubalgan, sorti en 1999, est un album qui baigne dans ce style musical, il marque sa différence avec des à-plats hypnotiques, des climats tissés avec une guitare qui flirte avec la SF et une rythmique souvent étonnante (La chienne, même si samplée d'un morceau de Scorn pour le refrain ou 500 mg, très Jungle).
Derrière la pluie, daté de 2003, me fait l'effet d'un album un peu raté, sans idée tranchante ni temps fort. Mais ce disque va plus loin que son prédécesseur, étoffe le nombre d'instruments utilisés et explore bien plus les climats. Le groupe y perd en efficacité ce qu'il gagne en maturité expérimentale, gage d'intégrité.
Le pénultième Müs, tout d'abord sorti en 2004 puis réédité en 2005, ne fait que brouiller un peu plus les pistes mais dépasse, par moments, les bornes du bon goût. Car Müs renoue avec l'efficacité, va même au-delà des espérances avec des morceaux imparables comme Enclume ou I can ; l'album prospecte et sonde son propre potentiel mais perd son âme à trop vouloir surprendre avec un intermède crétin comme Nice white hat, sorte d'exutoire pour punk sous amphétamines en mal de pogo léthal.
Vous l'aurez compris, Lab° mérite sa chance.

Il existe une certaine similarité entre Bliss et Juno. Similarité d'intention seulement. Tout ce qui est porté à l'écran sépare ces deux films. Là où l'un s'avance avec un ton décalé, des idées touchantes et un soupçon d'ambiguïté, l'autre rue dans les brancards de la vulgarité adolescente sans jamais approcher une quelconque cohérence si ce n'est celle de l'americon way of life (cellule familiale en tête). Barrymore s'y entend si peu en direction d'acteurs qu'elle parvient à rendre Ellen Page blette. Le scénario est écrit sur le front des acteurs et la bande son - se voulant percutante de modernité - ferait passer celle de Flashdance pour un chef d'oeuvre de l'art moderne. Pourquoi continue-t-on à servir aux adultes des films qui ne devraient être projetés qu'au collège ?

Ajout du 21 août 2018 : je viens de constater que le titre original de ce long métrage dispensable est Whip It. Quand je pense au peuple québécois qui s'oppose à l'hégémonie américonne en traduisant de façon systématique les titres des films importés de leur frontière sud, je me dis qu'ils doivent bien rigoler en voyant qu'en France, le pays à l'origine de la langue qu'ils pratiquent envers et contre toutes les servitudes mondiales, le titre a été changé pour un mot anglais. Bliss contre Whip It... Comme on dit en bon français : seriously ?
Il faut franchement mépriser son peuple pour oser de telles incohérences. Ou penser benoîtement que le français moyen connait le sens du mot bliss. Ou bien éviter toute forme d'effort au même français moyen pour le laisser mariner dans le jus de médiocrité dans lequel il perd le sens de la réflexion et, par là même, de l'idée de révolte.
Le ridicule ne tuant pas, à l'évidence, je suggère de renommer quelques films du patrimoine français pour les rendre intelligibles aux simplets ci-dessus évoqués :
Le fouet de Gaston pour Itinéraire d'Un Enfant gâté.
La Main de Dieu pour Intouchables.
Running à Mexico pour Fantomas.
Ainsi de suite...

Assister à un concert de ce trio est presque déroutant pour les personnes qui, comme moi, n'ont jamais su aligner deux notes ailleurs qu'au collège pendant les cours de musique. On est au-delà de la virtuosité. Parce que les trois hommes jouent ensemble depuis trente ans, leurs concerts relèvent de la démonstration d'empathie. Je n'ai reconnu qu'un morceau, mais la moitié du répertoire joué ce soir-là m'a enthousiasmé. Il n'est pas nécessaire de jouer d'un instrument pour se laisser aller lors d'un tel concert. Il n'y a rien de particulier à dire, excepté cela ; mais on perçoit toute l'universalité de la musique dans cette simple constatation.

Oh, j'oubliais, ce concert a aussi sa face sombre...

Quelqu'un a dit un jour, en substance, que la gloire était la mort éclatante du bonheur. Le 23 juillet 2010, ces Messieurs Jarrett, Peacock et De Johnette nous en ont fait une démonstration brillante. Avec ce trio, la virtuosité est au rendez-vous, mais les Hommes se sont fait la malle depuis longtemps. Jarrett a la réputation d'être capricieux, exigeant, caractériel. J'ajoute égocentrique, il ne faut pas oublier qu'il fait placer des micros dans son piano pour qu'on l'entendre gémir lorsqu'il joue.
Pour des ministres du Jazz, les musiciens ont été exécrables et méprisants : déjà, ils arrivent avec 45 minutes de retard sans un mot d'excuse après qu'une personne ait été chargée de nous avertir que 'les artistes' ne veulent voir ni enregistreur ni appareil photo. Après une demi-heure de musique, De Johnette arrête de jouer et fait signe à un spectateur qui vient de prendre une photo qu'il veut l'égorger. Oui, l'égorger, le sort qu'on réserve aux animaux d'abattage. Intervention de Jarrett qui réitère les menaces. Plus tard, l'incident a eu un écho terrifiant : arrivés au trois quarts du concert, les hommes s'interrompent et Jarrett intervient au micro (placé là pour ce seul effet) pour dire qu'ils ne reprendront pas la prestation tant que l'enregistreur de la personne au premier rang ne sera pas en leur possession. Le gars en question s'est avéré être une personne tétraplégique sur un fauteuil roulant électrique. La commande électronique a certainement émis une petite lumière que le jazzman a confondu avec celle d'un dictaphone. Pas une excuse, à peine si le pianiste explique son geste. Ils nous ont royalement honorés d'un rappel et se sont tirés avec la caisse après 90 minutes de standards du Jazz. Minable !

La popularité de ce groupe n'a certainement pas besoin de ce site pour continuer la phase ascendante entamée en 2004, mais il me parait opportun d'ajouter quelques mots à propos de cet album que je trouve exceptionnel au point de laisser tomber quelques défenses réflexes que j'ai acquises au fil du temps. Parce que, comme pourrait le dire Georges Foveau, seul le résultat compte.
Le premier album, en 2004, avait ouvert la voie de fort belle façon ; Empire, comme beaucoup de deuxièmes albums, m'avait profondément déçu, disque tiède, sans personnalité (j'aurais pu en dire que les obligations mercantiles ont été plus promptes que le talent)... C'est 2009 qui devait révéler le talent incroyable de ce quatuor avec ce West Ryder Pauper Lunatic Asylum.
Je tenterais de ne pas être redondant sur l'évidence de la variété de ce disque, en ajoutant simplement que j'ai rarement été aussi enthousiaste à ce sujet, que les garçons font un grand écart entre chaque chanson et qu'ils parviennent à faire de chaque morceau un moment de bravoure, un modèle de composition et un écrin de plaisir d'écoute ; la moitié de l'album donne envie de danser comme rarement ! Pour cette seule raison, je le recommanderais à tout amateur de musique.

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