Il existe une certaine similarité entre Bliss et Juno. Similarité d'intention seulement. Tout ce qui est porté à l'écran sépare ces deux films. Là où l'un s'avance avec un ton décalé, des idées touchantes et un soupçon d'ambiguïté, l'autre rue dans les brancards de la vulgarité adolescente sans jamais approcher une quelconque cohérence si ce n'est celle de l'americon way of life (cellule familiale en tête). Barrymore s'y entend si peu en direction d'acteurs qu'elle parvient à rendre Ellen Page blette. Le scénario est écrit sur le front des acteurs et la bande son - se voulant percutante de modernité - ferait passer celle de Flashdance pour un chef d'oeuvre de l'art moderne. Pourquoi continue-t-on à servir aux adultes des films qui ne devraient être projetés qu'au collège ?

Ajout du 21 août 2018 : je viens de constater que le titre original de ce long métrage dispensable est Whip It. Quand je pense au peuple québécois qui s'oppose à l'hégémonie américonne en traduisant de façon systématique les titres des films importés de leur frontière sud, je me dis qu'ils doivent bien rigoler en voyant qu'en France, le pays à l'origine de la langue qu'ils pratiquent envers et contre toutes les servitudes mondiales, le titre a été changé pour un mot anglais. Bliss contre Whip It... Comme on dit en bon français : seriously ?
Il faut franchement mépriser son peuple pour oser de telles incohérences. Ou penser benoîtement que le français moyen connait le sens du mot bliss. Ou bien éviter toute forme d'effort au même français moyen pour le laisser mariner dans le jus de médiocrité dans lequel il perd le sens de la réflexion et, par là même, de l'idée de révolte.
Le ridicule ne tuant pas, à l'évidence, je suggère de renommer quelques films du patrimoine français pour les rendre intelligibles aux simplets ci-dessus évoqués :
Le fouet de Gaston pour Itinéraire d'Un Enfant gâté.
La Main de Dieu pour Intouchables.
Running à Mexico pour Fantomas.
Ainsi de suite...

Assister à un concert de ce trio est presque déroutant pour les personnes qui, comme moi, n'ont jamais su aligner deux notes ailleurs qu'au collège pendant les cours de musique. On est au-delà de la virtuosité. Parce que les trois hommes jouent ensemble depuis trente ans, leurs concerts relèvent de la démonstration d'empathie. Je n'ai reconnu qu'un morceau, mais la moitié du répertoire joué ce soir-là m'a enthousiasmé. Il n'est pas nécessaire de jouer d'un instrument pour se laisser aller lors d'un tel concert. Il n'y a rien de particulier à dire, excepté cela ; mais on perçoit toute l'universalité de la musique dans cette simple constatation.

Oh, j'oubliais, ce concert a aussi sa face sombre...

Quelqu'un a dit un jour, en substance, que la gloire était la mort éclatante du bonheur. Le 23 juillet 2010, ces Messieurs Jarrett, Peacock et De Johnette nous en ont fait une démonstration brillante. Avec ce trio, la virtuosité est au rendez-vous, mais les Hommes se sont fait la malle depuis longtemps. Jarrett a la réputation d'être capricieux, exigeant, caractériel. J'ajoute égocentrique, il ne faut pas oublier qu'il fait placer des micros dans son piano pour qu'on l'entendre gémir lorsqu'il joue.
Pour des ministres du Jazz, les musiciens ont été exécrables et méprisants : déjà, ils arrivent avec 45 minutes de retard sans un mot d'excuse après qu'une personne ait été chargée de nous avertir que 'les artistes' ne veulent voir ni enregistreur ni appareil photo. Après une demi-heure de musique, De Johnette arrête de jouer et fait signe à un spectateur qui vient de prendre une photo qu'il veut l'égorger. Oui, l'égorger, le sort qu'on réserve aux animaux d'abattage. Intervention de Jarrett qui réitère les menaces. Plus tard, l'incident a eu un écho terrifiant : arrivés au trois quarts du concert, les hommes s'interrompent et Jarrett intervient au micro (placé là pour ce seul effet) pour dire qu'ils ne reprendront pas la prestation tant que l'enregistreur de la personne au premier rang ne sera pas en leur possession. Le gars en question s'est avéré être une personne tétraplégique sur un fauteuil roulant électrique. La commande électronique a certainement émis une petite lumière que le jazzman a confondu avec celle d'un dictaphone. Pas une excuse, à peine si le pianiste explique son geste. Ils nous ont royalement honorés d'un rappel et se sont tirés avec la caisse après 90 minutes de standards du Jazz. Minable !

La popularité de ce groupe n'a certainement pas besoin de ce site pour continuer la phase ascendante entamée en 2004, mais il me parait opportun d'ajouter quelques mots à propos de cet album que je trouve exceptionnel au point de laisser tomber quelques défenses réflexes que j'ai acquises au fil du temps. Parce que, comme pourrait le dire Georges Foveau, seul le résultat compte.
Le premier album, en 2004, avait ouvert la voie de fort belle façon ; Empire, comme beaucoup de deuxièmes albums, m'avait profondément déçu, disque tiède, sans personnalité (j'aurais pu en dire que les obligations mercantiles ont été plus promptes que le talent)... C'est 2009 qui devait révéler le talent incroyable de ce quatuor avec ce West Ryder Pauper Lunatic Asylum.
Je tenterais de ne pas être redondant sur l'évidence de la variété de ce disque, en ajoutant simplement que j'ai rarement été aussi enthousiaste à ce sujet, que les garçons font un grand écart entre chaque chanson et qu'ils parviennent à faire de chaque morceau un moment de bravoure, un modèle de composition et un écrin de plaisir d'écoute ; la moitié de l'album donne envie de danser comme rarement ! Pour cette seule raison, je le recommanderais à tout amateur de musique.

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