image décoJonathan Nolan, frère de l’autre qui pondit deux films avant de sombrer corps et âme dans la corruption. Jonathan Nolan est, avec sa conjointe Lisa Joy, scénariste de Westworld.

Ces deux-là poussent là une réflexion sur l'écriture, une sorte de prise de recul sur leur propre travail, peut-on supposer. Cette réflexion est toute entière résumée dans le discours d'un personnage à la fin de l'ultime épisode de la saison 1. Mais alors, pourquoi trois saisons (et plus à venir) pour un propos qui peut tenir en une ?
La réponse est invariable avec hollywood : « Vous aurez tout ce qui vous a toujours plu : des surprises et de la violence ». Alors qu’on a deux auteurs qui veulent parler de leur boulot.

Le résultat à l’écran est, encore une fois, invariable : ça essaye de tout faire, tragédie grecque, œufs de pâques, etc. Dans un enrobage de surprises et de violence avec du sexe et de la violence banalisés. Et puis, bien entendu, hollywood ne saurait exister sans le tour de passe-passe qui émaille toutes les séries, tous les films : la chronologie. Ailleurs, on voyage dans le temps, ici on… voyage dans le temps grâce à des séquences rétrospectives mêlées au récit mais on prend bien soin de ne pas le signaler pour que le spectateur pense qu'il assiste à une scène concomitante à ce qu'il vient de voir. Que nenni ! il comprendra plus tard qu'il s'agissait du passé et la surprise est artificiellement créée. Magie !
La magie est l’art de manipuler les gens, faut-il le rappeler.

Le récit, le fondement même des séries américonnes, peut être qualifié d'elliptique, de sorte qu'il n'est plus récit mais énigme. Cela devient sa raison d'être. Et c'est là-dessus que Jonathan et son épouse perdent leur âme de conteur et, on pourrait le dire de tous les scénaristes californiens.

À la fin, les robots conscients déferlent dans la réalité pour faire leur révolution et tout va recommencer dans un cadre différent. On appellera ça la saison 2 et ce sera sans moi.

PS : j’ai vu cette saison en VOST et je dois dire que les Dubbing Brothers en charge de la traduction ne connaissent que la moitié de la règle de la forme négative des phrases… ce qui fait négligé pour une traduction.

image décoPécaïre. Celui-ci est réellement dispensable. Les producteurs ont voulu coller à une préoccupation contemporaine (les infos, collecte et vol) et rien ne fonctionne, le scénario est simpliste, la musique banale (un comble pour du JB). De plus, Craig ressemble à un rugbyman à la retraite, tout cassé, il n'a pas d'expression, s'il avait été plus baraqué et torse nu, on aurait pensé à lui pour le Conan de cinéma !
Même au fond d’un lit d’hôpital, c’est de l’ennui en barre.
Et puis, au sujet de cette histoire de vol d'infos, je suis surpris que ne soient pas évoqués les voleurs institutionnels que sont facebook, google, microsoft ou les voleurs d’Amazon. Cela aurait rendu le sujet humain, voire on aurait pu déclarer que James Bond dénonçait, désormais, comme les courageux militants Francis Lalanne ou Nicolas Hulot...

image décoAh, James Bond... tout un pan de l'histoire du cinéma mysogyne en action.
À l'occasion de mon « fameux » séjour à l’hôpital de fin 2018, j’ai pu visionner ce Skyfall avec le fantasme moderne, j’ai nommé Daniel Craig.
J’ai noté que le générique était bien plus orthodoxe que celui de 007 Spectre vu quelques jours avant, à croire que la moitié du budget y est passé.
Les producteurs ont mis le paquet sur la photo, l'exotisme et le luxe. Ils ont sorti le grand jeu avec de la modernité à tous les étages, mais les bonnes vieilles recettes (celles des premiers avec feu Sean Connery) qui fonctionnent toujours et sauvent la mise du joueur de balle ovale à la main (ils ont même ressorti l'Aston Martin). La musique est à peine plus appropriée que pour 007 Spectre. La nouveauté, c’est que le film d'aventures est mort, place à la noirceur, c'est à la mode.
Autre nouveauté supposée donner du corps au personnage, on en apprend plus sur la vie du demi de mêlée et, mon Dieu, les blessures ne sont pas que physiques ! Il y aurait un cœur qui bat sous les muscles saillants et la violente virilité ?
Tout au long des 145 minutes du film, la violence et les scènes de mêlée de rugby se succèdent, adieu la classe et la subtilité, bienvenue les crac boum tacatacataca pan pow boum !
Cinéma moderne, trépidant, spectaculaire, écervelé. Inutile.
Finalement, ils ont raison, cela ne mérite pas mieux qu'un visionnage distrait sur un écran de portable ou de tablette, puisque ce sont là les nouveaux usages…

image décoJoli conte. Sexiste, mais joli.
Mais pourquoi ce con de Coelho est-il allé lui ajouter cet épilogue qui le défigure et lui fait perdre tout son sens et, j'oserais dire, sa morale ?
(note pour moi-même : dans le vide, on ne t'entend pas crier, mon poussin)

image décoCe soir, samedi 22 septembre 2018, j'entame la lecture de Salammbô, mon premier Flaubert.
Mon premier, oui, parfaitement ; comme un premier baiser, un premier repas chez un chef étoilé, les premiers pas sur la Lune.
J'ignorais tout de Flaubert, je n'en savais que l'évidence rapportée par des plumes ou des voix éparses, toutes passionnées, enfiévrées à l'évocation de cet auteur… qui se définit comme « Un poète qui a choisi la forme du roman », un artiste et, très clairement, un impressionniste du verbe. Je dis « très clairement » parce que c'est ce qui m'a sauté au visage lors de la lecture du premier chapitre, intitulé « le festin ». Comme lors de ma découverte de ces peintres (contemporains de Flaubert) au lycée. La minutie du travail sur chacune des phrases éclate à travers le bonheur de la lecture et, au-delà du travail, ce sens de la syntaxe et du vocabulaire qui fait de chaque tournure un vers, de chaque paragraphe un poème.
À ce sujet, j'avais lu que Michael Moorcock était un piètre coloriste et je comprends à la lecture de Flaubert, combien cela est difficile d'égaler la force et la diversité des couleurs que le poète dépose sur ses toiles. Les descriptions sont faites à l'aide de palettes et de nuanciers qu'on jurerait empruntés à des… peintres impressionnistes.
Un romancier peintre et poète.
L'édition de 544 pages que je possède contient une introduction de Pierre Moreau, probablement exégète de Flaubert, qui résume bien des choses et rend le génie de l'auteur ; pardon, l'artiste ; palpable dès les premières mesures du festin liminaire.
Cette introduction m'a aussi appris que Salammbô est un des romans « fous » de Flaubert, considéré comme salutaire par ses détracteurs, déplacé pour ses adorateurs. Ce qui m'évitera de tout lire et risquer de ternir l'image de ce nouveau héros de mon panthéon.

image déco(28 octobre 2018) Il existe des associations qui œuvrent pour distraire les enfants à l'hôpital, mais je n'ai jamais entendu parler d'équivalents pour les adultes. En la matière, la télévision règne sans partage.
Hospitalisé depuis le 17 septembre, j'ai réussi à lire et écrire pendant trois semaines et puis j'ai baissé les bras, perdu courage. Je me suis abandonné à l'anxiété générée par la dangereuse désinvolture de l'équipe soignante et je suis passé de l'écrit à l'image...
Le 28 octobre, Arte a diffusé le film The Town de et avec Ben Affleck.
J'étais en confiance, cette chaîne ne diffuse habituellement pas de films inutiles. Et je cherche encore la raison pour laquelle ce film fut diffusé sur ce canal.
Au début, j'ai failli croire au long métrage d'un acteur désireux d'exprimer des choses par lui-même, c'est presque tendu.
Las ! Ben Affleck a bien retenu les leçons d'hollywood et les a appliquées de façon scolaire donc impersonnelle. Le film tourne très vite au western avec fusillades et poursuites dignes des films de James Bond et les questions morales...

... La digression élève l'homme...
Comme d'habitude, les questions morales - qui restent le ressort le plus utilisé dans les histoires, ce qui contribue à en faire des clichés, tout spécialement ceux produits en Californie - sont traitées de façon grossière, expédiées. Ces questions morales, qui auraient pu élever le film d'Affleck par un traitement personnel, ne font que distraire le spectateur des coups de feu échangés entre gendarmes et voleurs.

Ce soir-là, j'aurais pu regarder un James Bond en lieu et place de The Town, et puis j'ai vu le nom de l'acteur et celui de Sophie Marceau, alors j'ai ricané et mon choix était fait.
J'aurais dû en rester aux livres...

image décoA l'hôpital, sur un écran de la taille d'un écran d'ordinateur portable, avec le son d'une radio des années 70, j'ai vu ce film de et avec Clovis Cornillac et une actrice très jolie.
Je fais ces précisions techniques à dessein parce que ce long-métrage n'est pas un film hollywoodien destiné à en mettre plein la vue aux spectateurs mais de les émouvoir.
Émouvoir ?
Il y en a sûrement eu beaucoup d'autres depuis 2001 (date de sortie d'Amélie), mais ils m'ont échappé. Ce film n'est qu'une forme d'hommage à Amélie Poulain.
Et encore, Amélie peut cacher la misère en prétendant être un conte puisqu'elle en a les codes esthétiques et narratifs. Mais ce film-ci s'ancre dans le quotidien et enlise son propos dans la niaiserie. Le conte réaliste n'a pas de raison d'exister, ce serait la rencontre de deux mondes qui s'annihilent l'un l'autre.
Tout ne repose que sur une forme de consentement (encore la suspension consentie de la crédulité) dont je peine à croire qu'il aille au-delà de la séance de bisous chez les producteurs de disney.
Consentir, accepter comme vrais des personnages caricaturaux, des comportements humains qui n'ont jamais existé, des situations fantasmées et un final plus prévisible qu'un roman de Gavalda.
Ce qui revient à nier l'existence et la nécessité de l'expression artistique qui n'a jamais eu pour objectif qu’émouvoir, donc… avec un truc à mi-chemin du conte dont on sait qu'il est distancié et ne sert que de reflet à nos propres vies et l'exposition du réel tout entier dans l'empirique ? Je n'y vois que de la confusion.
Tout ça pour nous jeter une jolie morale (de conte ?) à la figure, « c'est pas le physique qui compte » ? Sur quel monde de quel univers quantique ?
Alors, revoyons la scène au ralenti et tentons ici de comprendre l'incompréhensible.
« Lui est inventeur de casse-têtes. Investi corps et âme dans son travail, il ne peut se concentrer que dans le silence. Elle est une pianiste accomplie et ne peut vivre sans musique. Elle doit préparer un concours qui pourrait changer sa vie. Ils vont devoir cohabiter sans se voir… »
Ils vont se dire en couple sans s'être jamais vus ou touchés, à travers une cloison.
Il va être amené à lui servir de révélateur et lui retrouvera le goût de vivre à son contact.
À la toute fin, il détruit la cloison à l'aide du jeu incompréhensible qu'il crée depuis sept ans, comme un symbole.
Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants.

C'est impossible !

Évidemment chacun des personnages a son petit secret sombre. Lui s'est retranché dans son appartement après le décès de sa compagne ; elle est coincée comme une porte rouillée.
Évidemment… évidemment… évidemment… évidemment… on pourrait les multiplier à l'infini et c'est là un des problèmes du film, on pourrait le récrire à partir des trois éléments de base.
Les symboles affirment leur présence en la claironnant, ce qui les dépossède de leur nature et de leur utilité.
Pourquoi avais-je abandonné la lecture ?

C'est amusant, le 11 mai 2020, jour du déconfinement, je suis resté couché. Jusqu'à aujourd'hui, date à laquelle je tape ces mots (28 mai de la même année). Parce que le samedi précédent, j'ai trouvé une des deux cicatrices sur ma fesse (voir les articles au sujet de mon retour triomphal de ce service de « soins », fin 2018) en vrac et que le premier geste de soin dans ce cas-là est de stopper tout appui ; rester allongé sur le côté, en d'autres termes.
J'ai mis un petit moment à reprendre la lecture puisqu'il est admis par moi-même que l'alitement est devenu la position privilégiée pour cet exercice. J'ai commencé par L'Abbé X, de Claude Ecken, avant de poursuivre par le Karim Beroukka (voir plus bas). Le Premier Sang et Histoire De La Violence ont suivi. L'enchaînement de ces deux derniers livres a été l'occasion de faire une découverte fort singulière. Je parle de découverte mais ce n'en est pas vraiment une tant il est vrai que je tiens ce discours depuis des décennies ; la lecture de ces deux ouvrages a plutôt été une confirmation.
La voici, en deux articles :

image décoQu'est-ce qui fait un bon bouquin ?
Du point de vue de l'éditeur ou du lecteur curieux ?
L'éditeur de ce Premier Sang doit être aux anges, c'est un sacré bon bouquin. Le site de l'auteur est formel, lui qui nous promet des cauchemars, qui cite des éloges trouvés à flanc de colonne de magazine...
« Mieux qu'un thriller ! »
« Proche d'un film d'action. »
« Parfait ! Un polar Implacable ! »
Le lecteur curieux, lui, a lu peu ou prou la même histoire que celle qu'il a lu dans un livre de Frank Thilliez qu'il a lu il y a deux ans et dont il a oublié le titre, un autre de Jo Hayder, lu à la même période et dont le titre est tout aussi oublié... un ou des flics désabusés, meurtris, cassés, qui s'engagent sur une enquête qui les entraîne dans des tréfonds insoupçonnés de violence et d'horreur. Des meurtres, rituels ou pas, des massacres, étalés sur des années ou pas, perpétrés par un sorcier, un groupe d'illuminés, un tueur en série, peu importe ; du sang, beaucoup de sang, des frissons comme des poignards qui pénètrent des colonnes vertébrales, etc.
Le lecteur curieux se dit que littérature de genre ne devrait pas dire littérature de l'ennui.
Alors, entendons-nous bien, ce n'est pas ennuyeux comme peuvent l'être une partie de jeu de balle au pied ou un concerto de n'importe quel perruqué du XV siècle, non, pas ennuyeux comme ça. Ennuyeux comme un produit de consommation courante qui permet de passer un après-midi rapidement sans que rien ne change, sans bouger une oreille, de 14h à 17h. Ennuyeux comme tout ce qui n'apporte rien à l'existence, comme tous ces machins qu'on nous vend pour du divertissement, comme pour nous divertir... de la vie.
Parce que (étrangement ?), divertir c’est aussi détourner de ce qui occupe ou préoccupe.
Cédric fait très bien ce qu'il sait faire, écrire ces histoires policières noires, il les drape d'univers qu'il semble apprécier. Ça passe très bien le temps, l'éditeur est ravi, il paye ses employés et perpétue son commerce ; l'auteur est satisfait de voir son nom sur des couvertures de livres et le lecteur curieux passe à autre chose, la faim n'a pas disparu dans son ventre entre 14h et 17h...

Joomla templates by a4joomla