image décoJoli conte. Sexiste, mais joli.
Mais pourquoi ce con de Coelho est-il allé lui ajouter cet épilogue qui le défigure et lui fait perdre tout son sens et, j'oserais dire, sa morale ?
(note pour moi-même : dans le vide, on ne t'entend pas crier, mon poussin)

image décoCe soir, samedi 22 septembre 2018, j'entame la lecture de Salammbô, mon premier Flaubert.
Mon premier, oui, parfaitement ; comme un premier baiser, un premier repas chez un chef étoilé, les premiers pas sur la Lune.
J'ignorais tout de Flaubert, je n'en savais que l'évidence rapportée par des plumes ou des voix éparses, toutes passionnées, enfiévrées à l'évocation de cet auteur… qui se définit comme « Un poète qui a choisi la forme du roman », un artiste et, très clairement, un impressionniste du verbe. Je dis « très clairement » parce que c'est ce qui m'a sauté au visage lors de la lecture du premier chapitre, intitulé « le festin ». Comme lors de ma découverte de ces peintres (contemporains de Flaubert) au lycée. La minutie du travail sur chacune des phrases éclate à travers le bonheur de la lecture et, au-delà du travail, ce sens de la syntaxe et du vocabulaire qui fait de chaque tournure un vers, de chaque paragraphe un poème.
À ce sujet, j'avais lu que Michael Moorcock était un piètre coloriste et je comprends à la lecture de Flaubert, combien cela est difficile d'égaler la force et la diversité des couleurs que le poète dépose sur ses toiles. Les descriptions sont faites à l'aide de palettes et de nuanciers qu'on jurerait empruntés à des… peintres impressionnistes.
Un romancier peintre et poète.
L'édition de 544 pages que je possède contient une introduction de Pierre Moreau, probablement exégète de Flaubert, qui résume bien des choses et rend le génie de l'auteur ; pardon, l'artiste ; palpable dès les premières mesures du festin liminaire.
Cette introduction m'a aussi appris que Salammbô est un des romans « fous » de Flaubert, considéré comme salutaire par ses détracteurs, déplacé pour ses adorateurs. Ce qui m'évitera de tout lire et risquer de ternir l'image de ce nouveau héros de mon panthéon.

image déco(28 octobre 2018) Il existe des associations qui œuvrent pour distraire les enfants à l'hôpital, mais je n'ai jamais entendu parler d'équivalents pour les adultes. En la matière, la télévision règne sans partage.
Hospitalisé depuis le 17 septembre, j'ai réussi à lire et écrire pendant trois semaines et puis j'ai baissé les bras, perdu courage. Je me suis abandonné à l'anxiété générée par la dangereuse désinvolture de l'équipe soignante et je suis passé de l'écrit à l'image...
Le 28 octobre, Arte a diffusé le film The Town de et avec Ben Affleck.
J'étais en confiance, cette chaîne ne diffuse habituellement pas de films inutiles. Et je cherche encore la raison pour laquelle ce film fut diffusé sur ce canal.
Au début, j'ai failli croire au long métrage d'un acteur désireux d'exprimer des choses par lui-même, c'est presque tendu.
Las ! Ben Affleck a bien retenu les leçons d'hollywood et les a appliquées de façon scolaire donc impersonnelle. Le film tourne très vite au western avec fusillades et poursuites dignes des films de James Bond et les questions morales...

... La digression élève l'homme...
Comme d'habitude, les questions morales - qui restent le ressort le plus utilisé dans les histoires, ce qui contribue à en faire des clichés, tout spécialement ceux produits en Californie - sont traitées de façon grossière, expédiées. Ces questions morales, qui auraient pu élever le film d'Affleck par un traitement personnel, ne font que distraire le spectateur des coups de feu échangés entre gendarmes et voleurs.

Ce soir-là, j'aurais pu regarder un James Bond en lieu et place de The Town, et puis j'ai vu le nom de l'acteur et celui de Sophie Marceau, alors j'ai ricané et mon choix était fait.
J'aurais dû en rester aux livres...

image décoA l'hôpital, sur un écran de la taille d'un écran d'ordinateur portable, avec le son d'une radio des années 70, j'ai vu ce film de et avec Clovis Cornillac et une actrice très jolie.
Je fais ces précisions techniques à dessein parce que ce long-métrage n'est pas un film hollywoodien destiné à en mettre plein la vue aux spectateurs mais de les émouvoir.
Émouvoir ?
Il y en a sûrement eu beaucoup d'autres depuis 2001 (date de sortie d'Amélie), mais ils m'ont échappé. Ce film n'est qu'une forme d'hommage à Amélie Poulain.
Et encore, Amélie peut cacher la misère en prétendant être un conte puisqu'elle en a les codes esthétiques et narratifs. Mais ce film-ci s'ancre dans le quotidien et enlise son propos dans la niaiserie. Le conte réaliste n'a pas de raison d'exister, ce serait la rencontre de deux mondes qui s'annihilent l'un l'autre.
Tout ne repose que sur une forme de consentement (encore la suspension consentie de la crédulité) dont je peine à croire qu'il aille au-delà de la séance de bisous chez les producteurs de disney.
Consentir, accepter comme vrais des personnages caricaturaux, des comportements humains qui n'ont jamais existé, des situations fantasmées et un final plus prévisible qu'un roman de Gavalda.
Ce qui revient à nier l'existence et la nécessité de l'expression artistique qui n'a jamais eu pour objectif qu’émouvoir, donc… avec un truc à mi-chemin du conte dont on sait qu'il est distancié et ne sert que de reflet à nos propres vies et l'exposition du réel tout entier dans l'empirique ? Je n'y vois que de la confusion.
Tout ça pour nous jeter une jolie morale (de conte ?) à la figure, « c'est pas le physique qui compte » ? Sur quel monde de quel univers quantique ?
Alors, revoyons la scène au ralenti et tentons ici de comprendre l'incompréhensible.
« Lui est inventeur de casse-têtes. Investi corps et âme dans son travail, il ne peut se concentrer que dans le silence. Elle est une pianiste accomplie et ne peut vivre sans musique. Elle doit préparer un concours qui pourrait changer sa vie. Ils vont devoir cohabiter sans se voir… »
Ils vont se dire en couple sans s'être jamais vus ou touchés, à travers une cloison.
Il va être amené à lui servir de révélateur et lui retrouvera le goût de vivre à son contact.
À la toute fin, il détruit la cloison à l'aide du jeu incompréhensible qu'il crée depuis sept ans, comme un symbole.
Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants.

C'est impossible !

Évidemment chacun des personnages a son petit secret sombre. Lui s'est retranché dans son appartement après le décès de sa compagne ; elle est coincée comme une porte rouillée.
Évidemment… évidemment… évidemment… évidemment… on pourrait les multiplier à l'infini et c'est là un des problèmes du film, on pourrait le récrire à partir des trois éléments de base.
Les symboles affirment leur présence en la claironnant, ce qui les dépossède de leur nature et de leur utilité.
Pourquoi avais-je abandonné la lecture ?

C'est amusant, le 11 mai 2020, jour du déconfinement, je suis resté couché. Jusqu'à aujourd'hui, date à laquelle je tape ces mots (28 mai de la même année). Parce que le samedi précédent, j'ai trouvé une des deux cicatrices sur ma fesse (voir les articles au sujet de mon retour triomphal de ce service de « soins », fin 2018) en vrac et que le premier geste de soin dans ce cas-là est de stopper tout appui ; rester allongé sur le côté, en d'autres termes.
J'ai mis un petit moment à reprendre la lecture puisqu'il est admis par moi-même que l'alitement est devenu la position privilégiée pour cet exercice. J'ai commencé par L'Abbé X, de Claude Ecken, avant de poursuivre par le Karim Beroukka (voir plus bas). Le Premier Sang et Histoire De La Violence ont suivi. L'enchaînement de ces deux derniers livres a été l'occasion de faire une découverte fort singulière. Je parle de découverte mais ce n'en est pas vraiment une tant il est vrai que je tiens ce discours depuis des décennies ; la lecture de ces deux ouvrages a plutôt été une confirmation.
La voici, en deux articles :

image décoQu'est-ce qui fait un bon bouquin ?
Du point de vue de l'éditeur ou du lecteur curieux ?
L'éditeur de ce Premier Sang doit être aux anges, c'est un sacré bon bouquin. Le site de l'auteur est formel, lui qui nous promet des cauchemars, qui cite des éloges trouvés à flanc de colonne de magazine...
« Mieux qu'un thriller ! »
« Proche d'un film d'action. »
« Parfait ! Un polar Implacable ! »
Le lecteur curieux, lui, a lu peu ou prou la même histoire que celle qu'il a lu dans un livre de Frank Thilliez qu'il a lu il y a deux ans et dont il a oublié le titre, un autre de Jo Hayder, lu à la même période et dont le titre est tout aussi oublié... un ou des flics désabusés, meurtris, cassés, qui s'engagent sur une enquête qui les entraîne dans des tréfonds insoupçonnés de violence et d'horreur. Des meurtres, rituels ou pas, des massacres, étalés sur des années ou pas, perpétrés par un sorcier, un groupe d'illuminés, un tueur en série, peu importe ; du sang, beaucoup de sang, des frissons comme des poignards qui pénètrent des colonnes vertébrales, etc.
Le lecteur curieux se dit que littérature de genre ne devrait pas dire littérature de l'ennui.
Alors, entendons-nous bien, ce n'est pas ennuyeux comme peuvent l'être une partie de jeu de balle au pied ou un concerto de n'importe quel perruqué du XV siècle, non, pas ennuyeux comme ça. Ennuyeux comme un produit de consommation courante qui permet de passer un après-midi rapidement sans que rien ne change, sans bouger une oreille, de 14h à 17h. Ennuyeux comme tout ce qui n'apporte rien à l'existence, comme tous ces machins qu'on nous vend pour du divertissement, comme pour nous divertir... de la vie.
Parce que (étrangement ?), divertir c’est aussi détourner de ce qui occupe ou préoccupe.
Cédric fait très bien ce qu'il sait faire, écrire ces histoires policières noires, il les drape d'univers qu'il semble apprécier. Ça passe très bien le temps, l'éditeur est ravi, il paye ses employés et perpétue son commerce ; l'auteur est satisfait de voir son nom sur des couvertures de livres et le lecteur curieux passe à autre chose, la faim n'a pas disparu dans son ventre entre 14h et 17h...

image décoLa façon qu’a Édouard Louis de mettre ses pensées en récit (son style ?) navigue entre le discours oral et l'universitaire (thésard, Bourdieu). Le récit lui-même est presque une observation participante !
Louis, victime et narrateur, parvient à étudier le cas Reda froidement, comme un sociologue, un universitaire. Un croisement entre le roman et l'essai ? Après tout, Louis avoue avoir essayé d’« esquisser une histoire de la violence », pas raconter une histoire violente. Comme David Cronenberg avec son... Histoire de la violence.
Mais cette Histoire-là n'est que biographique, intime, égocentrique, focalisée sur un ego déjà, à l'évidence, conscient de son propre narcissisme analytique !
« construire du sens et des explications », p.96
C'est cela pourtant, ça reste un roman !

Il y a deux récits, celui d’Édouard et celui de sa sœur (parcouru des pensées d’Édouard, entre parenthèses), ce qui donne l'impression d’un double point de vue, un peu comme un champ contre-champ au cinéma. Ces deux récits qui se répondent sont comme celui de En Finir Avec Eddy Bellegueule : un témoignage lucide et conscient, un témoignage qui explique, qui autopsie...

Tout ce « travail » d'analyse est aux antipodes de la production d'un Sire Cédric, pas du tout cinégénique, on ne peut pas décrire du Édouard Louis ; seuls les faits, les émotions qu'on y lit et l'analyse spontanée, ressortent de HdlV. Aucune caméra n'est autorisée là-dedans.
Pourtant, ça reste un roman !

Là encore, à travers ce fait divers, ce vol, ce viol, cette rencontre éphémère, Édouard Louis parvient à décrire les rouages d'une éducation (Bourdieu, son mentor), pas seulement celle de son agresseur, la sienne propre.

Ce sont tous ces éléments mis bout à bout en seulement 221 pages qui m'en ont fait un... page turner ! oui, comme le Sire Cédric. Pour des raisons diamétralement opposées. Pas de cinéma, ici le lecteur devine facilement comment se termine l'histoire de Louis, alors qu'il brûle de s'étonner, par ailleurs (suivez mon regard) d'apprendre que le bourreau de l'héroïne est son propre père (surprise !) et qu'il disparaîtra à la fin du volume afin de devenir une Némésis diabolique ! quelle originalité, comme personne ne s'y attendait !
Pas de cinéma, de la peinture plutôt, une fresque, la fresque d'un moment de vie, peu importe la dimension temporelle, l'unité est là et bien là qui gravite autour de cette nuit, cette rencontre racontée par deux personnes de la même famille, si différentes, si semblables au fond. Une peinture exécutée au fil des pages, une peinture dont chaque trait, chaque couleur, chaque nuance apparaît lentement, au fil des pages. Les pages que j'ai tournées machinalement, aspiré par les couleurs, les nuances, les traits qui formaient un tableau, un ensemble qui faisait du sens, comme une image qui passe du flou à la netteté. Par petites touches.
Un page turner, mais pas pour les faits, les gestes, les actions. Un page turner de l'intérieur, de l'intime. Les révélations ne s'y font pas sur la réalité mais sur la perception de cette réalité ; la perception et les ressentis qui en découlent.
Jusqu'à l'examen médical de constatation de viol et de tentative de meurtre, jusqu'à ces aveux au sujet du rapport au temps qui trahit une forme de déni de soi, de la vie, des autres, de tout : « ... me demander si je préférerais m'ennuyer ou faire quelque chose qui me répugnerait ; je ne faisais donc rien. »

Jusqu'à parler de lui à la troisième personne du singulier ! Jusqu'à sortir de son propre corps et contempler l'horreur advenue, la folie pourquoi pas. Une forme de distorsion de la réalité due à une agression perpétrée sur un corps surmonté d'un ego. Une réaction de défense désordonnée, incompréhensible, délétère, inconcevable.

Je suis sorti de cette lecture muet, alors que ma compagne travaillait dans l'autre pièce de mon appartement. Bâillonné par les émotions qu'avaient fait naître les mots de Louis. D'autant plus ému que les vingt dernières pages sont poignantes car l'auteur s'y déshabille l'âme encore plus que dans les 200 qui précèdent.

« Quand j'écris je dis tout, quand je parle je suis lâche », p.205

La différence est là, dans ce résultat, ce constat : le produit de consommation courante avec ses morts atroces, ses flots de sang, ses rebondissements prévisibles et ses personnages caricaturaux m'auront permis de « passer le temps », littéralement, comme passer de 14 à 17 heures en dix minutes (!). Dans le second cas, j'ai contemplé la complexité d'un être déchiré par une agression. Le volume des arguments sur les deux plateaux de la balance ne laissent aucun doute sur l'identité du vainqueur et pourtant ce sont bien les moins nombreux qui l'emportent haut la main. Dans un cas je passe le temps, dans l'autre j'apprends et je m'extasie.

image décoRéédition de ce roman de Jack Vance chez ActuSF. J'ai mis des semaines à le lire. Pas réellement étonnant quand on pense que je suis passé par des périodes pénibles et studieuses durant la lecture. Mais - il y a toujours un mais, n'est-il pas ? -  à peine plus de deux-cents pages, il ne faut pas plusieurs semaines pour lire à peine plus de deux cents pages !
Alors, pourquoi ?
Parce que je me suis ennuyé. Avec du Vance, oui, madame !
Arrivé aux alentours de la page 120, je me suis posé la question qui sous-tendait cet ennui totalement inattendu. Et je baise mes mots quand je pense aux folles heures que je passai il y a... autour de trente ans à la lecture du cycle de Tschaï ou les quelques textes de cet auteur que je dévorai alors. J'ai pensé à la panne de la création, à la distraction obsessionnelle que constituait ma vie à cette période. Non, quelque chose clochait, un je-ne-sais-quoi qui me soufflait à l'oreille de chercher et chercher mieux.
Et j'ai compris en voyant la date de la première publication de ce titre : 1950.
Les Cinq Rubans d'or est quasiment un premier roman, Vance n'est pas encore l'immense conteur qu'il deviendra (lapalissade) et, à l'évidence, le néophyte en est à chercher un style, un public, une notoriété ?
Les Rubans n'est finalement qu'un roman de gare, avec ses bons côtés (lecture palpitante, rapide, rebondissante, Vance se régale déjà en décrivant des créatures et des civilisations bigarrées) et ses mauvais (écriture assez pauvre, tout va à l'aventure, psychologie des personnages binaires, profondeur du récit zéro). Une enquête rythmée qui se déroule dans l'espace. C'était l'époque, celle de la SF tonitruante et directement inspirée de l'unique mythologie américone : le western. Le Maccarthysme nous est épargné, c'est déjà ça.
L'édition d'Actus SF est très jolie, en tout cas.

Pour une raison qui m'apparait comme bien nébuleuse mais qui reste impérieuse, je ne fréquente les salles obscures qu'à dose homéopathique depuis le mois d'août 2007. Cependant, je regarde beaucoup de DVD et j'aime rappeler au monde qu'il existe autre chose qu'hollywood et que cet autre chose, même si bien moins spectaculaire que la production californienne, renferme la quintessence du cinéma dans toute sa diversité et son attrait émotionnel.

Quelles sont les raisons pour lesquelles je vais au cinéma ?
Comme pour beaucoup de choses, je n'ai aucune formation, je suis un peu un autodidacte de tout, j'ai pratiqué les lectures qui me semblaient bienvenues pour les bases théoriques et j'ai forgé mes goûts en pratiquant. Pour le cinéma, tout a paradoxalement commencé avec la télévision. Vous savez, grâce à cette chaine privée, anciennement hertzienne, désormais numérique, qui se créa une clientèle en revisitant le patrimoine cinématographique, et qui mise sur le sport depuis trois décennies. J'ai passé des journées et des nuits à m'abreuver de films, courts, moyens, longs métrages ; je regardais tout ce que mon emploi du temps d'étudiant me permettait, c'est-à-dire pléthore de films. De cette façon, j'ai appris à identifier l'adéquation qui existe entre un certain cinéma et moi.
Si je vous raconte tout ça, c'est moins pour vous parler de moi que répondre à la question.
Au cinéma, j'attends d'être, au premier chef, surpris, si ce n'est par le scénario, par l'originalité avec laquelle il est réalisé. Mais la singularité que je recherche est, le plus souvent toute contenue dans le sujet ou la façon décalée unique de l'aborder.
Le Dernier Combat, par exemple, est un sujet relativement original, traité de façon caractéristique, In The Mood For Love porte un regard différent sur une histoire d'amour bien conventionnelle tandis que Twin Falls Idaho fait éclater bien des clichés pour une histoire d'amour.
A contrario, Pretty Woman, un exemple entre mille millions, n'apporte rien de rien à l'histoire d'amour.
En plus d'être surpris, je veux pouvoir sentir que j'assiste à une création qui porte la signature de son auteur. C'est pour cette raison que je parle de 'film de' et jamais de 'film avec', je me moque, par ailleurs, de la prestation des acteurs, sauf à la considérer comme le fruit du travail du metteur en scène. A ce sujet, la comparaison que je fais entre Juno et Bliss (ailleurs sur ce site, comme d'habitude) peut vous renseigner là-dessus. Il est tellement de films impersonnels, au metteur en scène interchangeable, des films sans âme...
Et, au final, je veux que les films que je vais voir, m'émeuvent d'une façon ou d'une autre, chose qui n'est pas objectivable mais qui reste ancrée dans les arguments ci-dessus. Un film que j'appelle quelconque ne peut m'émouvoir, même si son histoire est en mesure de le faire.

Je commencerais donc par vous parler d'un film qui continue de m'émouvoir, presque trente ans après l'avoir vu au cinéma pour la première fois.

Dead Ringers, de David Cronenberg.

(Très) adapté d'un roman, lui-même inspiré d'une tragédie, ce film est, à mon sens, le sommet de l'art de Cronenberg et un pic émotionnel de l'histoire du cinéma.
Tout est extrême dans ce film, tout, de la prestation de Jeremy Irons ou la mise en scène de Cronenberg, les obsessions de ce dernier, la beauté psychanalytique, jusqu'aux émotions dépeintes - éjaculées devrais-je dire.
Pour le moins extraordinaire, cette intensité confine à l'héroïque. Héroïque comme passionné, violent.
Chaque fois que je visionne le DVD, je retrouve ces sensations antagonistes si fortes, si proches de la vie dans ce qu'elle a de suprême, comme seul l'art peut la sublimer. Chaque fois, j'y vois quelque chose d'infiniment différent, toujours identique à la beauté de l'amour.
Pourtant, je suis persuadé que beaucoup n'y voient qu'une histoire terrifiante.

Pour toutes ces raisons, Dead Ringers est un monument poignant.

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