Il y a beaucoup à dire au sujet de l'écriture,
sa propre relation à l'écriture,
et
ce qui gravite autour - d'où le S à Écriture(s).

Décembre 2018, les journées sont courtes, le frigo est vide et je ressens toujours la même indifférence pour ces fêtes de fin d'année.
Je tâche de me consacrer à ma priorité du moment : la fin de la rédaction d'un scénario de Rêve de Dragon pour le magazine Casus Belli.

Les deux autres projets attendent patiemment leur tour dans un coin de ma tête.
1. Une Aventure dont vous êtes le Héros, co-écrite avec Yann,
2. La suite des Pérégrinations Oniriques.

La bonne nouvelle : j'ai rempli le frigo.

J'ai appris l'existence des éditions Malpertuis il y a quelques années, de façon fortuite. Je suivais alors la publication du jeu de rôle Sombre, édité par un garçon appelé Johan Scipion, et je trouvais son écriture parfaitement adéquate avec le thème de son jeu. J'ai donc voulu en savoir plus et, un clic en entraînant un autre, j'ai trouvé son nom au sommaire d'une anthologie des éditions Malpertuis. Comme ma curiosité ne connait pas de limite, j'ai visité le site et j'ai décidé de participer à l'appel à textes... pour Malpertuis V, si mes souvenirs sont bons. Mon texte n'était, malheureusement, pas assez travaillé et j'étais sur le point de déménager, cela n'a pas abouti.
J'ai pris ce concours de circonstances pour un échec et je suis revenu à la charge en 2017 ; aux alentours de septembre, un mois après un séjour à l'hôpital.
L'idée de cette nouvelle est très ancienne. Je ne saurais dire à quand elle remonte mais je dirais une dizaine d'années.

Après bien des malentendus et des attentes, au printemps 2018, Thomas Bauduret refuse ma nouvelle pour un motif que je comprends très bien (sujet galvaudé et chute qui arrive de façon trop soudaine)... alors qu'il en connaissait le sujet depuis des mois.
Je pense la travailler et la proposer ailleurs.

Quand j'ai pris la décision de tenter ma chance pour cet appel à textes-ci, ce fut, tout d'abord, parce que j'ai beaucoup de sympathie pour Élodie et Cyril et que la perspective de travailler avec eux est toujours intéressante. Et puis parce que le thème ne m'inspirait rien d'original, de prime abord. J'ai pensé immédiatement au dragon, bestiole très riche en évocations ; difficile de faire plus cliché. Toutes mes errances me ramenaient à du déjà-vu. J'ai relu la définition du terme fabuleux et j'ai suivi les termes que j'y ai lu, un peu comme on erre sur la toile, d'un mot-clef à un autre, en s'éloignant de plus en plus du sujet originel. Une fois en compagnie du mot fable et de ses définitions, je me suis engouffré dans la brèche. Et quel meilleur ambassadeur de la fable que l’animal que j’ai choisi ?
Pour accompagner un tel animal, il me fallait un pygmalion crédible, invraisemblable en l’occurrence… Or, je suis né et j’habite dans le sud où les gens sont connus pour leur légèreté.
Ah, j’adore ces phrases et ces détours qui ne livrent aucune information et qui laissent le mystère aussi épais qu’à l’aube des temps ! Vous aurez compris qu’il vous suffit de lire la nouvelle pour dissiper les brumes.
Après ces atermoiements liminaires, l’écriture est venue facilement et rapidement. Le présent de l’indicatif s’est, une nouvelle fois, imposé et l’histoire a coulé, rapide, parce que je voulais à tout prix m’épargner un récit sérieux. Et, comme j’ai situé l’action dans le sud de la France, je me suis amusé avec les protagonistes de cette fable sanglante.

La routine d'un éditeur consiste à se montrer. Pour cela, il existe les salons et les conventions. Or donc, au printemps 2017, j'ai fait partie de l'expédition Scriptarium au Lord of the Geek (LotG). Étaient présents Yaztromo, l'illustre président de Scriptarium et Krull, collaborateur sur Défis Fantastiques (DF-jdr) qui traduit, écrit et récite les règles du jeu par cœur. Et moi.
Comme on peut le lire partout avec une recherche ciblée, cette manifestation est une convention de... tarés.
Nulle volonté de ma part de juger ces personnes qui semblent obnubilés par un thème, un personnage, un jeu, une série, que sais-je encore ; je tente de traduire ce terme au mieux.
Mon Oxford Dictionary of english m'indique que cette occurrence du terme désigne une « socially inept person ». Et c'est tout à fait ça, la preuve j'y étais !
Blague à part, le LotG est une convention de petite taille (avec un bon nombre de stands, tout de même) remplie jusqu'au plafond d'adeptes au stade ultime d'adoration... d'un truc. Chacun le sien et par bandes identifiées par des codes.
Pas vraiment un repère de rôlistes ni même d'amateur pas encore éclairé de jeu de rôle.
Mais quelques curieux déguisés au regard pétillant ; des amateurs de livres-jeux (une des activités de Scriptarium, éditeur de jeux de rôle) et un petit groupe venu jouer à Rêve de Dragon, jeu pour lequel j'étais venu animer une partie d'initiation.
Le salon était bruyant et j'étais souffrant (angine), ce qui ne m'a pas aidé mais, loués soient les Grands Rêveurs, les trois joueurs firent preuve d'une indulgence à toute épreuve. Ils se connaissaient : un Gardien des Rêves (GR), son épouse et son pote néophyte (mais connaissant les rudiments du jeu).
Il s'agissait pour moi de faire découvrir le jeu. J'ai donc dégainé un scénario de quête d'archétype paru dans Casus Belli : L'Acrobate.
Ce fut fort sympathique, bon enfant et décontracté et tous sont repartis avec une bonne envie de réitérer l'expérience ; le GR a gagné deux joueurs et j'ai pris du bon temps.
J'ai aussi traîné entre les stands et j'ai été vraiment surpris de découvrir des passionnés qui font un travail dont beaucoup d'artisans pourraient s'inspirer en termes de rigueur et de minutie. Des tarés talentueux, en somme.

Il m'est difficile de parler de ce texte parce que, dans la symbolique, dans mon esprit et dans l'histoire de ma vie, il reste comme la cristallisation d'un échec, l'ultime artefact d'un dissentiment. Le dernier, le plus pénible, celui qui raye une vie de la carte.
J'ai écrit cette nouvelle pour affirmer mes sentiments à la femme que j'aimais. Grâce à ce texte, entre autres choses, j'ai acquis la certitude qu'elle ne m'aimait plus (à supposer qu'elle en ait été capable au sens où je l'entends), ce qui s'est avéré véridique assez vite en dépit de son incapacité à l'exprimer. Elle n'a jamais lu cette nouvelle, n'a même pas pris le temps de feindre de l'intérêt pour ces mots. Rien n'est plus cruel que l'amour à sens unique et les trois mots qui lui dédient le texte en introduction ne sont plus que des traces de cette cruauté.
Mais nous sommes là pour parler d'écriture, n'est-ce pas ?
Certes, mais comment écrire sans être soi-même ? Même les grands auteurs de l'imaginaire comme Jack Vance ne peuvent échapper à leur réalité. Celle du vécu, des sensations, des émotions ou de la psyché.
Mais nous ne sommes pas là pour parler psychiatrie, n'est-ce pas ?
Je refuse l'obstacle, bien sûr, c'est trop difficile.
Je tenterai d'y revenir mais sachez que ce texte est presque autobiographique, si vous jetez un oeil à l'anthologie, il ouvre le recueil, vous pourrez aisément vous en convaincre...

La Chaise, mon texte retenu pour cette anthologie, est, là encore, un vieux texte. Ou plutôt une vieille idée qui m'est insidieusement monté à l'esprit un soir que j'étais attablé à la terrasse d'un café d'Aix-en-Provence. Sur le fauteuil électrique qui me permettait de m'affranchir de la quasi-impossibilité de garer une voiture sur une place réservée dans le centre-ville de cette municipalité, je me souviens m'être demandé ce que les gens que j'avais sous les yeux pouvaient cacher. S'il est vrai qu'on a tous quelque chose à cacher, la teneur de ces secrets peut aller du pêché véniel au délit et, pourquoi pas, au crime, à l'atrocité. Il n'y a pas de stigmate pour trahir nos actes passés les plus répréhensibles ; les infidélités, les trahisons ou les incivilités ne se lisent pas sur le visage de ceux qui les commettent, pas plus que les criminels ne sont marqués à vie pour ce qu'ils ont fait. On peut parfaitement « Donner le bon Dieu en confession » à un monstre. Partant de cette évidence, après avoir décidé de participer à l'appel à textes, je me suis mis à écrire et tout est venu de façon très fluide. Je crois que j'ai envoyé le texte relu une semaine après avoir débuté la rédaction. Il est, certes, court, mais c'est surtout la confiance qui m'a guidé que je retiens de ces quelques jours. Je savais que j'étais très à l'aise avec l'écriture rapide au présent de l'indicatif avec tout ce que ça représente de spontanéité, mais la rédaction de ce texte m'a montré que je pouvais construire sans plan, sans grille préalable. Le texte tel qu'on peut le lire dans l'ouvrage est presque tel qu'il est apparu sur mon écran en première intention, à quelques détails et coquilles près. Presque sans retouches.
J'ai beau être satisfait du résultat, j'ai été surpris en lisant une chronique sur un blog. La personne reprochait au texte de se terminer de façon trop abrupte et regrettait de ne pas avoir plus de renseignements sur les personnages et le « mystère » les entourant. Encore une fois, la difficulté de la transmission ?

Oh Merde ! fut mon premier texte publié par un éditeur, en d'autres termes ailleurs que dans un fanzine.
La rencontre d'Isabelle, qui est à la tête des éditions Netscripteurs, en fut le déclencheur. Cela se passa lors du salon Autres Mondes de Lambesc (13), entre 2010 et 2012.
Après l'avoir interviewée elle, et Sofee L Grey à mon domicile pour l'ancienne version de mon site, j'ai décidé de tenter ma chance. J'étais alors dépourvu de la moindre confiance en ce que je pouvais produire à l'écrit dans le domaine de l'imaginaire.
J'ai mis onze jours à écrire ce texte. J'avais, pour l'occasion, pris congé de tout et m'étais enfermé dans les cinquante mètres carrés de mon appartement aixois. Je ne savais pas où j'allais, je voulais me mettre à l'épreuve. J'ai commencé par faire des recherches internet avec, pour point de départ, les idées soulevées dans un documentaire que j'avais vu quelques jours auparavant sur une chaîne de télévision qui ne fait pas de vent. La période s'y prêtait, partout les commentaires allaient bon train au sujet de la fameuse fin du monde Inca supposée avoir lieu dans l'année.
Mais, de recherche internet en documentaire, de commentaire radio en éditorial écrit, tout m'est apparu d'un mysticisme abscons et... ridicule. Alors, je me suis jeté sur mon ordinateur pour en prendre le contrepied à l'aide de recherches sur les survivalistes. J'ai trouvé des informations proprement hallucinantes sur ces gens qui préparent l'arrivée de l'apocalypse dans le but d'y survivre coûte que coûte. Une chose m'a surpris... Une surprise toute rhétorique puisque de surprise il n'y eut pas, bien au contraire. Rien ne m'a donc surpris lorsque j'ai lu à longueur de pages web, que des milliers de personnes se préparaient... à vivre dans le monde de Mad Max 2, s'armant jusqu'aux dents.
Une fois encore, je me retrouvais à penser que les gens sont bien conditionnés. D'autant que, quand je mentionne les survivalistes sur la toile, il faut savoir que ce sont principalement  des américons dont je parle. Donc des gens qui, regroupés en démocratie, ont un amendement qui permet le port d'arme (leur bêtise fait le reste). Comme au far west, comme dans les films hollywoodiens, comme dans la publicité, etc.
Fou que j'étais, et que je suis, de penser que l'Homme, cette magnifique machine douée d'intelligence, pourrait trouver des ressources dignes de sa propre mythologie pour surmonter la destruction de son environnement. Oubliée la signification du mot apocalypse, sa symbolique, voire... l'espoir qu'il porte !
Je n'ai vu là qu'une forme de folie et, malheureusement, elle n'était pas douce. J'ai donc cherché une façon de la retranscrire à travers un personnage et une expérience singuliers.
Et je ne sais pour quelle raison, si ce n'est l'inexpérience ou la naïveté (encore ?), j'ai créé un malentendu, un quiproquo qui a laissé entendre aux lecteurs que le dénouement de mon texte était... autre chose que ce que j'avais en tête. Je n'arrive toujours pas à me consoler de savoir que la chute en question a fait sourire quelques personnes.
Cela étant, cette bévue et la confusion qui en a découlé ont été formatrices.

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