Il y a beaucoup à dire au sujet de l'écriture,
sa propre relation à l'écriture,
et
ce qui gravite autour - d'où le S à Écriture(s).

16 mars 2019, je participe à la convention de jeu de rôle de Montpellier appelée Au-delà Du Dragon (organisé par Le Manoir du Crime) ADD en abrégé. Cela en compagnie de Yaz, président de Scriptarium, l’homme aux huit bras ; de Rolland Barthélémy, illustrateur, et de Valentin, fiston de l’hydre (pas la créature mythologique, le polype) précédemment nommée. Un grand absent, Jidus, chef de projet de la réédition de Rêve de Dragon et illustrateur de talent aussi. Je précise car j’oubliai une ligne plus haut d’ajouter que Rolland est talentueux.

Ce fut très agréable.

Je passe ici les péripéties sur autoroute ; je reste pantois chaque fois que je prends le volant de ma poubelle. Qui n’a jamais roulé plus d’une heure sur les routes de France ne connaît rien à la noirceur de l’âme humaine ! C’est à croire que la connerie s’y exprime comme nulle part ailleurs, que c’est son terrain de jeu favori.
Je passe ici les péripéties ayant trait à l’accessibilité, ou plutôt l’absence d’accessibilité de l’endroit (salle Pagezy, au fonctionnement hérétique) et des alentours, bref, de quoi rendre fou un infirme qui ne sait pas la fermer. Ça, c’est moi. Quand je pense que Montpellier est une ville de 300 000 habitants, plutôt jeune, qui s’enorgueillit de ses universités et de sa jeunesse…

Ce fut donc très agréable, à l’intérieur et une fois attablés avec les personnes ci-dessus citées.
Même si l’endroit était bruyant ; comme souvent lorsqu’on réunit des dizaines et des dizaines d’individus dans 200 mètres carrés (à vue de nez) dont certains sont autour des tables pour pratiquer l’activité ludique et orale qu’est le jeu de rôle, d’autres sont là pour présenter leurs créations et leurs produits et que d’autres encore rencontrent ces derniers pour en apprendre plus sur ces créations et ces produits ; l’ambiance était bon enfant.
J’ai pu dédicacer une poignée de livres-jeu, Bal Au Pont et Dîner De Conque.
Rolland a régalé les visiteurs avec ses dessins-dédicaces et Jidus était retenu par ses activités professionnelles à deux heures de route de là.

Quelques photos ?

La nouvelle mouture de Rêve de Dragon fait pétiller les yeux et j’ai eu le plaisir de détailler le jeu à un rôliste débutant. Même s’il n’y a pas une chance sur un million qu’il lise ces mots un jour dans l’intégralité de ses incarnations, j’aimerais simplement me dire qu’il a pu découvrir ce jeu et l’apprécier comme je pense qu’il le mérite.
[Ceci était un aparté du ministère du temps vide]

Allez, je retourne au troisième tome des Pérégrinations oniriques…

Meanwhile...

Le début de l'année est plutôt frénétique. Pas que « mon éditeur me harcèle pour que j’en termine avec mon dernier roman », non, je n’en serai jamais là, je me bats plus modestement avec trois projets en cours. La conception et la rédaction d’un scénario de Rêve de Dragon pour le magazine Casus Belli, la mise en branle d’un projet dont je ne peux pas parler (j’adore ces phrases trempées de mystère qui pourraient tout aussi bien cacher l’absence totale de projet) et la poursuite de la conception du troisième tome des Pérégrinations Oniriques.
C’est amusant, à le dire comme ça, on pourrait penser – en tout cas, je penserais – que c’est l’affaire d’un mois ou deux, trois maximum. Mais ce serait sans compter les vicissitudes qui, en ce début d’année, sont mesquines. Ce serait sans compter le temps perdu à m’occuper de moi, plutôt de mon handicap puisque je n’ai besoin de pas grand-chose après mes tasses de café et mon pain quotidien. Sans compter les lenteurs administratives, secrétaires, habituelles ou extraordinaires. Et mes propres inerties.
Pour la petite histoire, le scénario qui, finalement, paraîtra en deux parties dans les numéros 29 et 30, est parti d’une idée discutée avec Jidus au printemps 2018. La structure a évolué au fil des échanges jusqu’à… mon hospitalisation de septembre. Hospitalisation qui fait l’objet (pas encore en ligne au moment où je tape ces mots, mais ça vient) de retours ailleurs sur ce site tellement elle fut… épique.
L’hôpital depuis lequel j’ai tenté de poursuivre l’écriture allongé sur le dos avec un ordinateur portable qui avait tout de la tablette bon marché, c’est-à-dire un produit Asus, entendez par là un ordinateur totalement bloqué sur un OS dont je ne voulais pas et qui refusait de se connecter sur du wi-fi gratuit Autant dire que cette marque est en tête de ma liste de boycott.
Le résultat de ces hésitations qui durèrent 45 jours ne fut pas à la hauteur de nos attentes. J’ai donc repris la rédaction à mon retour chez moi… alternativement sur mon lit et mon bureau car je suis sorti de l’établissement hospitalier en question avec plus de problèmes que lors de mon admission !
Il a fallu un bon mois pour en terminer, ou presque. C’était sans compter sur les relectures de Denis Gerfaud, l’auteur du jeu, qui m’ont poussé à reprendre pas mal de choses.
En janvier, le scénario ne devait encore être publié qu’en une seule partie mais, à force de précisions nécessaires à la compréhension, nous avons fini par opter, avec l’aval des responsables de la revue, pour une découpe en deux parties. Début mars, cette première partie est acceptée par Casus Belli.

En voilà un petit aperçu, à paraître début avril, je pense :

image déco

et...

Je dois maintenant terminer la seconde partie au plus tôt pour nous laisser le temps de relire et m odifier, chose inévitable en la matière.

Quant aux Pérégrinations Oniriques, la suite du Dîner de Conque est déjà entamée depuis des mois et les mêmes raisons ont produit les mêmes effets de procrastination. J’espère m’y remettre très vite.

Décembre 2018, les journées sont courtes, le frigo est vide et je ressens toujours la même indifférence pour ces fêtes de fin d'année.
Je tâche de me consacrer à ma priorité du moment : la fin de la rédaction d'un scénario de Rêve de Dragon pour le magazine Casus Belli.

Les deux autres projets attendent patiemment leur tour dans un coin de ma tête.
1. Une Aventure dont vous êtes le Héros, co-écrite avec Yann,
2. La suite des Pérégrinations Oniriques.

La bonne nouvelle : j'ai rempli le frigo.

J'ai appris l'existence des éditions Malpertuis il y a quelques années, de façon fortuite. Je suivais alors la publication du jeu de rôle Sombre, édité par un garçon appelé Johan Scipion, et je trouvais son écriture parfaitement adéquate avec le thème de son jeu. J'ai donc voulu en savoir plus et, un clic en entraînant un autre, j'ai trouvé son nom au sommaire d'une anthologie des éditions Malpertuis. Comme ma curiosité ne connait pas de limite, j'ai visité le site et j'ai décidé de participer à l'appel à textes... pour Malpertuis V, si mes souvenirs sont bons. Mon texte n'était, malheureusement, pas assez travaillé et j'étais sur le point de déménager, cela n'a pas abouti.
J'ai pris ce concours de circonstances pour un échec et je suis revenu à la charge en 2017 ; aux alentours de septembre, un mois après un séjour à l'hôpital.
L'idée de cette nouvelle est très ancienne. Je ne saurais dire à quand elle remonte mais je dirais une dizaine d'années.

Après bien des malentendus et des attentes, au printemps 2018, Thomas Bauduret refuse ma nouvelle pour un motif que je comprends très bien (sujet galvaudé et chute qui arrive de façon trop soudaine)... alors qu'il en connaissait le sujet depuis des mois.
Je pense la travailler et la proposer ailleurs.

Quand j'ai pris la décision de tenter ma chance pour cet appel à textes-ci, ce fut, tout d'abord, parce que j'ai beaucoup de sympathie pour Élodie et Cyril et que la perspective de travailler avec eux est toujours intéressante. Et puis parce que le thème ne m'inspirait rien d'original, de prime abord. J'ai pensé immédiatement au dragon, bestiole très riche en évocations ; difficile de faire plus cliché. Toutes mes errances me ramenaient à du déjà-vu. J'ai relu la définition du terme fabuleux et j'ai suivi les termes que j'y ai lu, un peu comme on erre sur la toile, d'un mot-clef à un autre, en s'éloignant de plus en plus du sujet originel. Une fois en compagnie du mot fable et de ses définitions, je me suis engouffré dans la brèche. Et quel meilleur ambassadeur de la fable que l’animal que j’ai choisi ?
Pour accompagner un tel animal, il me fallait un pygmalion crédible, invraisemblable en l’occurrence… Or, je suis né et j’habite dans le sud où les gens sont connus pour leur légèreté.
Ah, j’adore ces phrases et ces détours qui ne livrent aucune information et qui laissent le mystère aussi épais qu’à l’aube des temps ! Vous aurez compris qu’il vous suffit de lire la nouvelle pour dissiper les brumes.
Après ces atermoiements liminaires, l’écriture est venue facilement et rapidement. Le présent de l’indicatif s’est, une nouvelle fois, imposé et l’histoire a coulé, rapide, parce que je voulais à tout prix m’épargner un récit sérieux. Et, comme j’ai situé l’action dans le sud de la France, je me suis amusé avec les protagonistes de cette fable sanglante.

La routine d'un éditeur consiste à se montrer. Pour cela, il existe les salons et les conventions. Or donc, au printemps 2017, j'ai fait partie de l'expédition Scriptarium au Lord of the Geek (LotG). Étaient présents Yaztromo, l'illustre président de Scriptarium et Krull, collaborateur sur Défis Fantastiques (DF-jdr) qui traduit, écrit et récite les règles du jeu par cœur. Et moi.
Comme on peut le lire partout avec une recherche ciblée, cette manifestation est une convention de... tarés.
Nulle volonté de ma part de juger ces personnes qui semblent obnubilés par un thème, un personnage, un jeu, une série, que sais-je encore ; je tente de traduire ce terme au mieux.
Mon Oxford Dictionary of english m'indique que cette occurrence du terme désigne une « socially inept person ». Et c'est tout à fait ça, la preuve j'y étais !
Blague à part, le LotG est une convention de petite taille (avec un bon nombre de stands, tout de même) remplie jusqu'au plafond d'adeptes au stade ultime d'adoration... d'un truc. Chacun le sien et par bandes identifiées par des codes.
Pas vraiment un repère de rôlistes ni même d'amateur pas encore éclairé de jeu de rôle.
Mais quelques curieux déguisés au regard pétillant ; des amateurs de livres-jeux (une des activités de Scriptarium, éditeur de jeux de rôle) et un petit groupe venu jouer à Rêve de Dragon, jeu pour lequel j'étais venu animer une partie d'initiation.
Le salon était bruyant et j'étais souffrant (angine), ce qui ne m'a pas aidé mais, loués soient les Grands Rêveurs, les trois joueurs firent preuve d'une indulgence à toute épreuve. Ils se connaissaient : un Gardien des Rêves (GR), son épouse et son pote néophyte (mais connaissant les rudiments du jeu).
Il s'agissait pour moi de faire découvrir le jeu. J'ai donc dégainé un scénario de quête d'archétype paru dans Casus Belli : L'Acrobate.
Ce fut fort sympathique, bon enfant et décontracté et tous sont repartis avec une bonne envie de réitérer l'expérience ; le GR a gagné deux joueurs et j'ai pris du bon temps.
J'ai aussi traîné entre les stands et j'ai été vraiment surpris de découvrir des passionnés qui font un travail dont beaucoup d'artisans pourraient s'inspirer en termes de rigueur et de minutie. Des tarés talentueux, en somme.

Il m'est difficile de parler de ce texte parce que, dans la symbolique, dans mon esprit et dans l'histoire de ma vie, il reste comme la cristallisation d'un échec, l'ultime artefact d'un dissentiment. Le dernier, le plus pénible, celui qui raye une vie de la carte.
J'ai écrit cette nouvelle pour affirmer mes sentiments à la femme que j'aimais. Grâce à ce texte, entre autres choses, j'ai acquis la certitude qu'elle ne m'aimait plus (à supposer qu'elle en ait été capable au sens où je l'entends), ce qui s'est avéré véridique assez vite en dépit de son incapacité à l'exprimer. Elle n'a jamais lu cette nouvelle, n'a même pas pris le temps de feindre de l'intérêt pour ces mots. Rien n'est plus cruel que l'amour à sens unique et les trois mots qui lui dédient le texte en introduction ne sont plus que des traces de cette cruauté.
Mais nous sommes là pour parler d'écriture, n'est-ce pas ?
Certes, mais comment écrire sans être soi-même ? Même les grands auteurs de l'imaginaire comme Jack Vance ne peuvent échapper à leur réalité. Celle du vécu, des sensations, des émotions ou de la psyché.
Mais nous ne sommes pas là pour parler psychiatrie, n'est-ce pas ?
Je refuse l'obstacle, bien sûr, c'est trop difficile.
Je tenterai d'y revenir mais sachez que ce texte est presque autobiographique, si vous jetez un oeil à l'anthologie, il ouvre le recueil, vous pourrez aisément vous en convaincre...

La Chaise, mon texte retenu pour cette anthologie, est, là encore, un vieux texte. Ou plutôt une vieille idée qui m'est insidieusement monté à l'esprit un soir que j'étais attablé à la terrasse d'un café d'Aix-en-Provence. Sur le fauteuil électrique qui me permettait de m'affranchir de la quasi-impossibilité de garer une voiture sur une place réservée dans le centre-ville de cette municipalité, je me souviens m'être demandé ce que les gens que j'avais sous les yeux pouvaient cacher. S'il est vrai qu'on a tous quelque chose à cacher, la teneur de ces secrets peut aller du pêché véniel au délit et, pourquoi pas, au crime, à l'atrocité. Il n'y a pas de stigmate pour trahir nos actes passés les plus répréhensibles ; les infidélités, les trahisons ou les incivilités ne se lisent pas sur le visage de ceux qui les commettent, pas plus que les criminels ne sont marqués à vie pour ce qu'ils ont fait. On peut parfaitement « Donner le bon Dieu en confession » à un monstre. Partant de cette évidence, après avoir décidé de participer à l'appel à textes, je me suis mis à écrire et tout est venu de façon très fluide. Je crois que j'ai envoyé le texte relu une semaine après avoir débuté la rédaction. Il est, certes, court, mais c'est surtout la confiance qui m'a guidé que je retiens de ces quelques jours. Je savais que j'étais très à l'aise avec l'écriture rapide au présent de l'indicatif avec tout ce que ça représente de spontanéité, mais la rédaction de ce texte m'a montré que je pouvais construire sans plan, sans grille préalable. Le texte tel qu'on peut le lire dans l'ouvrage est presque tel qu'il est apparu sur mon écran en première intention, à quelques détails et coquilles près. Presque sans retouches.
J'ai beau être satisfait du résultat, j'ai été surpris en lisant une chronique sur un blog. La personne reprochait au texte de se terminer de façon trop abrupte et regrettait de ne pas avoir plus de renseignements sur les personnages et le « mystère » les entourant. Encore une fois, la difficulté de la transmission ?

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