Le sujet est vaste. Le sujet est douloureux.

Parler de son handicap, c'est se mettre à nu au sens figuré comme au sens propre. Vous avez de la chance, je n'ai pas l'intention de poster des photos de moi sans vêtements. Je me mettrai donc à nu.

Minorité visible, intégration, discrimination, exclusion, égoïsme, incivilité, bêtise, incurie, ignorance sont des mots qui riment bien avec handicap.

Hommage : le 23 août 2010, alors que je m'apprêtais à mettre ce site en ligne, j'appris le décès de Jean-Christophe L. que je connaissais un peu, avec qui j'avais partagé une chambre d'hôpital, quelques confidences et avec qui j'avais des affinités musicales. Il est mort d'une septicémie. Accidenté de la route, il était lourdement handicapé, souvent hospitalisé et constamment surveillé, sa vie ne tournait qu'autour du handicap, forcément. Plus que beaucoup d'entre nous, lui savait ce que souffrir signifie. Si je devais souhaiter quelque chose à quelqu'un un jour ce serait que Jean-Christophe ait trouvé enfin le repos. Je lui dédie ces articles ; son souvenir ne rendra mon propos que plus crédible.

Vous aurez compris que je suis paraplégique (paralysie des membres inférieurs) et, pour peu que vous soyez pourvu d'un peu d'empathie, vous devinez que je dois une partie de la colère qui s'exprime sur ces pages à cette condition. Mais savez-vous que ce sont moins les conséquences physiologiques du handicap que celles, sociétales, qui me font enrager ?
Conséquences physiologiques et sociétales ne vont, certes, pas les unes sans les autres mais demandez à n'importe quelle personne handicapée et je fais le pari qu'elle s'avouerait plus heureuse si son état était pris en considération par les valides (à mon tour d'user de métonymie), autant de façon individuelle que collective.
Commencez par lire toutes les pages traitant de l'accessibilité de mon quotidien et dites-vous bien que j'ai la chance de ne pas faire partie des plus invalides, vous aurez une toute petite idée du quotidien en fauteuil roulant.
C'est bien de ce quotidien, que je qualifierais d'éreintant, dont il sera question dans cette section.

J'entamerais ma litanie en dénonçant une pratique répandue, pour ne pas dire absolue. À longueur de journée, partout, que ce soit dans mon quotidien, à la radio, à la télévision, dans les journaux et sur Internet, partout où s'expriment des individus, je vois les personnes handicapées réduites, abaissées, résumées à leur handicap par une simple pirouette syntaxique. Partout, on parle d'handicapé(es). Même les panneaux de signalisation routière font cette insulte et vont même jusqu'à appeler « GIC/GIG » des personnes vivantes. Je pose la question : mon fauteuil roulant me fait-il ressembler à un acronyme ?
Le terme « handicapé » est un adjectif, pas un nom ; parler d'un handicapé plutôt que d'un homme handicapé, c'est réduire la personne à son handicap. Métonymie blessante en l'occurrence. Peut-on penser qu'être assimilé à une infirmité est agréable ? Un être humain se définit-il par sa capacité à marcher, voir, entendre, etc. ?
Je ne suis pas surpris, la métonymie avilissante, comme je l'appellerais, est une activité qu'on pourrait croire rémunérée tellement elle est fréquente. Cependant, si une jeune femme blonde peut ne pas s'offusquer d'être appelé « oh, la blonde ! » – c'est son droit – je dis ici ma douleur d'être appelé « handicapé » parce que je ne peux plus marcher plutôt que vu comme un être humain qui a subi les conséquences d'un accident de la route.
Comprenons-nous bien, ce genre de pratique est très courante et ne concerne pas seulement le handicap. J'avais cette discussion il y a bien longtemps avec un ami et il me signalait qu'on réduit constamment les gens à leur profession : on dit « un gendarme », « un plombier » ou encore « une caissière ». Ça ne choque personne, bien évidemment, la réduction n'est pas dégradante et, par ces temps de chômage galopant, ce serait même gratifiant parce que synonyme d'emploi.
L'exemple le plus marquant consiste à comparer le traitement qu'on fait d'un quidam sur ses jambes et le terme qu'on emploie pour un gars sur un fauteuil. Dans le premier cas, la personne anonyme est désignée par un terme simple comme « le gars », « le mec » alors que, dans le second, on dit « l'handicapé ». Pourquoi pas « le mec qui marche » ou « le mec debout » ?
Or, c'est mon propos et j'en terminerai là pour ce premier billet liminaire, les personnes en situation de handicap sont « des mecs » comme les autres, leur état de santé ne les définit pas. Vous viendrait-il à l'idée de parler d'un proche qui s'est cassé un bras en utilisant un mot comme « le tordu », « l'estropié » ?
Les présentations sont faites, vous pouvez continuer à parcourir le catalogue de mes indignations...

Parmi les articles qui parlent de handicap, s'en trouvent un certain nombre destiné à renseigner les personnes à mobilité réduite (fauteuil roulant surtout puisque je suis dans ce cas) sur l'accessibilité de divers lieux, la plupart du temps publics.
J'ai commencé ce recensement avec les endroits que je fréquentai à Aix-en-Provence, où j'ai résidé seize ans, j'y ai ajouté les lieux que je traversais qu'ils soient aixois ou pas. Je continuerai avec les suivants.
Les premières lignes de ces constatations factuelles ont été écrites en 2006, il est possible que des améliorations aient été apportées en termes d'accessibilité depuis. J'en doute très franchement, même si je le souhaite et si, chaque fois qu'un problème surgissait, je l'ai signalé aux gérants.

NB : Ces articles ne sont pas un guide subjectif, je n'y parle que de ce que j'ai constaté, pas de mes appréciations personnelles. Ils sont signalés par ce petit idéogramme :

2007. Le cinéma Renoir est clairement une forteresse inaccessible : l'entrée du cinéma à proprement parler est de plain-pied mais à l'intérieur, c'est deux fois dix marches pour chacune des trois salles de projection. Cependant pour les fauteuils manuels, en arrivant un peu en avance, vous pouvez demander à être aidé(e). [fauteuils électriques, même légers, interdits d'accès] Il y a toujours un employé (au pire le projectionniste) et un spectateur pour vous aider. Il suffit de demander avec le sourire. Et de bien expliquer comment on manipule un fauteuil roulant, les gens croient tout savoir et sans cette précaution vous prenez le risque de finir par terre... j'ai souvenir d'un sombre connard qui a manqué de me tuer en gare Lyon Pat Dieu...
Malheureusement, il y a des marches dans les salles. Deux solutions :
• Vous dépendez de quelqu'un et on vous aide à vous rapprocher de l'écran puis à faire le chemin en sens inverse.
• Vous descendez et montez les marches (pas bien hautes) seul, que faites-vous sur ce site ?
Le plus gros problème du Renoir, c'est qu'il se situe sur le Cours Mirabeau et que, par conséquent, vous êtes tributaire des places de parking alentours rarement respectées... Bonne chance !
J'ajoute que ces combines, bien que m'ayant permis de voir des films à mon goût, ont le très léger désavantage d'être... interdites par la loi. Tout simplement, en cas de sinistre (incendie, par exemple), une personne en fauteuil n'a rien à faire dans un endroit d'où elle ne peut pas sortir par ses propres moyens. C'est une question d'assurance. Vous me direz, une fois calciné sur votre fauteuil, peu vous importera que le propriétaire du lieu rencontre des problèmes avec son assureur, mais c'est peut-être bon à savoir.

2007. Au téléphone, ces braves gens vous assurent (pour les moins lapidaires d'entre eux) que tout est prévu.
De facto, les policiers qui gérent l'accès à l'île sont compréhensifs et vous laisseront approcher du petit pont qui la relie au continent. Même chose qu'à Salon, cela est possible le temps de permettre à la personne concernée de sortir du véhicule. Une fois cela accompli, la voiture doit rejoindre les autres. Par conséquent, si vous êtes seul(e), il faudra galérer avec les autres pour trouver une place, avec le désavantage habituel du manque cruel d'emplacement réservé et surtout respecté.
Le chemin qui mène aux scènes est loin d'être plat, sauf dans sa première partie. Une fois encore, les personnes manquant de puissance et/ou de maniabilité (fauteuil manuel) partent à l'aventure. Un fauteuil électrique se jouera du relief vallonné. Ne pas oublier que le site est sauvage, vous roulerez sur de la terre, avec de nombreuses aspérités, du sable parfois... Un bonheur.
Le meilleur est à venir. Si vous n'arrivez pas une heure avant le début du concert, vous avez deux options :
1. Vous frayez un chemin au mépris de l'égoïsme de tous et vous retrouver tout devant, ce qui, en cas de danse agitée, vous met en péril puisque une barrière en fer est dressée entre les spectateurs et la scène,
2. Demander à être hissé sur les gradins qui se trouvent à une cinquantaine de mètres des jeunes gens qui font du bruit avec leurs instruments (pour la scène A, la scène B étant dépourvue de gradins).
Si vous arrivez une heure avant, les options sont identiques à la différence près que vous n'aurez pas à vous frayer un chemin dans la foule pour la première possibilité, mais vous vous placerez simplement avant l'arrivée de la meute.
Après un deuxième concert, je suis en mesure d'ajouter qu'il est possible, en arrivant à l'avance, d'être transporté en véhicule tout-terrain jusqu'aux scènes (l'accès à la scène B est presque suicidaire sans cela) et retour, il suffit de se signaler, les gars de la sécurité font ça depuis des années, le site est agréé pour cela.
Personne ne vous hissera sur les gradins, sauf vos amis ou les personnes sur place.
De plus, il existe plusieurs places réservées à deux-cents mètres du pont, aucune n'est règlementaire, aucune n'est respectée...

2004. Pour approcher le site, il faudra se renseigner auprès d'une personne chargée de la sécurité (sur place) qui vous laissera stationner non loin de l'entrée, le temps de sortir du véhicule, si vous êtes seul(e) avec votre fauteuil je ne sais pas s'ils accepteront que vous laissiez votre véhicule là (sécurité, évacuation...), essayez toujours.
Il existe deux entrées, une avec marches d'escaliers (2-3), une sans.
La cour du château, dans laquelle se déroulent les activités est plane et goudronnée, sans problème donc.

2007. Les places réservées sur l'avenue Victor Hugo sont rarement libres, tout comme les deux présentes à la sortie du parking Mignet. Les parents d'élèves les squattent pour déposer ou récupérer leur marmaille braillante. Les places les plus proches sont donc à 500 mètres au moins.
Pour arriver jusqu'au cinéma, par contre, c'est souvent facile, sauf en été. En cette période, en venant du parking Mignet, à l'angle de la rue Villars, un restaurateur installe ses tables au bord du trottoir, ce qui empêche d'y grimper, alors qu'il n'y a que 2-3 centimètres à franchir. Il faut donc rouler sur la route sur une vingtaine de mètres. Mais, les environs immédiats ne présentent aucun écueil.
Les trois salles du cinéma en lui-même sont de plain-pied, par contre il ne faudra pas espérer se rendre aux toilettes qui se trouvent en bas d'un escalier très exigu.
• La salle 1 n'est pas très confortable en fauteuil car il faudra rester tout en haut, en devers ou bien descendre dans l'allée jusqu'à cinq mètres de l'écran seulement. De plus, vous ne choisissez pas le côté, c'est forcément du côté droit des strapontins.
• La salle 2 est la moins confortable car l'entrée s'effectue de façon perpendiculaire à la pente. Il faudra bien maitriser son fauteuil pour y pénétrer. Vous ne pourrez pas rester en haut car cela signifie que vous serez au beau milieu du passage. Il faut donc descendre et regarder les films d'assez près, ce qui peut disconvenir. Mais le plus inconfortable réside dans le fait qu'une fois en bas, le film terminé, il est impossible de faire demi-tour (alors que c'est possible en salle 1) pour remonter. Il faut donc être accompagné ou être en fauteuil électrique.
• La salle 3, qui est la plus vaste est la plus simple d'accès et propose un emplacement immédiat pour un fauteuil. Pour s'approcher de l' écran, il faudra descendre des marches (pas très hautes).

2005. Déjà, la rue de Lyon ne présente pas de véritables places réservées GIC/GIG, à part une parodie de place à cheval sur le trottoir, pas règlementaire et qui donne directement sur la route, autant dire prise de risque maximum. La place se situe à une centaine de mètres de l'entrée du parc. Trottoirs difficilement praticables, pas de bateau. La mort assurée.
Une fois dans l'enceinte du parc, rien n'est prévu, les escaliers règnent sans partage, si vous êtes seul(e) en fauteuil, il faudra savoir descendre et monter des escaliers (ça doit représenter 0.5% des personnes en fauteuil, ça!)
Le chemin que j'ai suivi est couvert de pavés aux jointures profondes sur des dizaines de mètres, même en deux roues c'est dangereux. Encore une fois, une tierce-personne est bienvenue.
Une fois dans l'amphithéâtre, tout est plat, sauf qu'il vous faudra choisir entre vous caler en haut des marches ou en bas. Bien évidemment la meilleure place c'est en bas, vous êtes à une poignée de mètres de la scène.

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