03 juillet 2016, je viens de passer les trente-deux heures les plus douloureuses de ma vie. Sans en connaître la raison : hier matin, je me suis éveillé avec l'envie de hurler tellement ma main droite me faisait souffrir.
Un crétin droitier vous dirait que la douleur n'est qu'une information mais, défoncez la colonne vertébrale de ce même crétin en laissant tomber un carter de BMW R69S (ce n'est qu'un exemple) sur ses reins, privez-le de l'usage du bras gauche et plantez-lui des couteaux effilés dans la main droite (c'est bon, vous avez le tableau en tête ?) ; lâchez-le, au réveil, dans sa vie quotidienne et, maintenant, posez-lui la question de la douleur. Il y a fort à parier qu'il changera prestement d'avis quand il lui faudra tirer sur l'arête du matelas pour s'asseoir ; enfiler une sonde vésicale sur l'embout d'une poche pour simplement pisser ; grimper sur un fauteuil roulant imprévu pour la guerre ; nourrir le chat et préparer un petit-déjeuner puis se retrouver nu dans une salle de bains étroite hérissée de barres de maintien... auxquelles il va lui falloir s'arc-bouter pour chier et se laver.
C'est tout particulièrement agrippé à l'une de ces barres qu'il fera l'expérience du côté obscur de l'information qu'il croit innocente. La douleur est une information... que le corps interprète comme un ordre d'abdication. Le résultat est très facile à décrire : tout effort est interrompu, limité ou tué dans l'oeuf. Quand la main lâche, les fesses percutent la cuvette des toilettes ; quand la douleur traverse la paume de la main, c'est le dossier du fauteuil que le dos heurte ; quand un générateur électrique est soudain branché entre vos doigts, toute tentative pour s'asseoir échoue arrivée à 60% de son accomplissement ; que dire des situations pathétiques – en plus d'être dangereuses – dans lesquelles il se retrouvera alors qu'il ne réussit qu'à s'asseoir au bord de la baignoire (et pas sur le siège prévu à cet effet), qu'il échoue à soulever ses jambes pour les laver ou qu'il finit à demi-allongé (enfin à demi-propre) sur son fauteuil, un pied sur un cale-pied, l'autre encore au fond du tube ?

« La digression élève le discours » (c'est de moi, ça me rassure).
Je disais que je vivais les trente-deux heures (trente minutes de plus depuis le début de ce texte) les plus douloureuses de ma vie. Procédé rhétorique, bien sûr.

« La digression élève le discours. »
Procédé rhétorique, puisque chacun sait que tout est toujours plus aigu au moment où on le vit. Le passé n'est qu'un amas de souvenirs pas bien vivaces. J'ai probablement ressenti une douleur plus vive encore le jour où un anesthésiste a commis une erreur tandis que des orthopédistes (c'est-à-dire des mécaniciens déguisés en chirurgiens) fouraillaient dans mon bras. Ou, mieux encore, l'instant où mon corps a percuté le rail de sécurité ; juste avant que mon cerveau ne tire le rideau, il a dû être submergé par la douleur. Souvenirs, souvenirs...
Je vis donc les trente-deux heures les plus douloureuses de ma vie, puisque je vous le dis, suivez un peu !

Et, que fait-on un dimanche, sur la Côte d'azur, quand l'ardeur du soleil oblige les chats à quitter leur coussin pour s'étaler aux endroits les plus frais, et que l'on gémit de douleur au moindre mouvement ?
On va à la plage, oui, bien sûr mais je vais vous demander de suivre, une fois encore. Je suis paraplégique et que fait un paraplégique à la plage ? Il regarde les autres se baigner. (1)
Je suis donc resté chez moi. J'ai ouvert les fenêtres et j'ai jeté un œil dans ma bibliothèque virtuelle. Le silence régnait alors, le chat est allé se vautrer sur le banc à l'ombre et je suis resté sur mon fauteuil.

« La digression élève le discours. »
« … et je suis resté sur mon fauteuil. » Oui, c'est une blague, enfin, une blague du genre que vous ne pouvez pas comprendre parce que nous n'avons pas eu le loisir d'échanger nos expériences de la vie.
Je suis resté sur mon fauteuil parce qu'il n'existe que trois endroits où je pose mon auguste fessier : mon fauteuil (ça, on avait compris), mon lit (ça, c'est pour dormir ou faire l'amour) et le siège conducteur de mon cendrier.

« La digression élève le discours. »
Le substantif « cendrier » désigne ici un véhicule autopropulsé doté d'un moteur à explosion, généralement appelé voiture ; ou bagnole quand on ne sait pas bien se tenir. Il me vient – et me reste – de la période aussi heureuse que brève où je fus le béât (et imprudent, on peut le lire ailleurs) conducteur d'un véhicule autopropulsé doté d'un moteur à explosion et à deux roues seulement, contrairement au « cendrier » susdit qui en possède quatre.
Il fait référence à la boîte à mégots qu'on ne trouve que dans l'habitacle du seul des deux véhicules qui en possède un (d'habitacle). Forme de mépris larvé de la part des motards en direction des véhicules qu'ils jugent impies parce que différents de ceux qu'ils affectionnent.
Comme ça, maintenant, vous savez que, plutôt que serrer votre cendrier sur la droite lorsqu'une motocyclette remonte la file de voitures, il faut ouvrir la porte sous le nez du conducteur pour lui apprendre à vivre à ce con !

Je suis donc resté sur mon fauteuil et j'ai ouvert ma bibliothèque virtuelle pour ouvrir le fichier de Nouvelles sous ecstasy de Frédéric Beigbeder.
Mais, à la vue du nom de l'auteur, je me suis vite posé la question de savoir comment accorder le moindre crédit à un homme qui :
- a vécu dans un des quartiers les plus riches de paris ;
- dont la mère avait un nom à double particule (remariée à un baron) ;
- qui a d'abord fait Sciences Po. avant d'être diplômé en marketing ;
- a été marié trois fois ;
- est directeur de publication du magazine Lui.

Comment ? Me suis-je demandé avant d'entamer la lecture du recueil.
Un garçon qui est né avec une cuillère en or dans la bouche, qui a embrassé des études de bonimenteur puis de prestidigitateur, à qui on ne peut prêter aucune espèce de confiance et dont l'obsession sexuelle avouée n'est que phallocratie assumée ?
Comment ?
Je n'ai pas pu, mais j'ai lu. Et c'est la lecture qui a mis au jour d'autres raisons de discréditer le gugusse.
Gugusse qui prétend « être entré en littérature », tout de même.
Alors j’ai lu !

« T'as gobé ? T'as gobé ? Tagobétagobétagobé ? »
Comment peut-on débuter un texte de cette façon ? Sont-ce là les mots qui « entrent en littérature » ?

La centaine de pages qui a défilé devant mes yeux m’a fait penser à du Gavalda, l’apologiste rasoir du vide quotidien, qui clamerait une abondante et incontinente vanité de classe (bourgeoise, cela va de soi, on croise rarement des ouvriers non-qualifiés s’enorgueillir de leur vie besogneuse).
Monsieur Beigbeder prend de la drogue et prend soin de déconseiller son usage afin de s’assurer la publication de ses prises de notes. Monsieur Beigbeder fait bouger son zizi dans des vagins consentants. Monsieur Beigbeder fréquente des gens importants et beaux comme des représentations déifiées de la décadence. Monsieur Beigbeder voudrait nous faire croire que sa vie est celle dont nous rêvons tous. Monsieur Beigbeder ne réussit qu’une chose : démontrer que la fabrication du consentement est une réalité de notre monde. Que l’homme est un homme pour l’homme…

Oui, on dit « L’homme est un loup pour l’homme », mais si l’homme était réellement un loup pour l’homme, il serait fidèle, loyal, se comporterait en bonne intelligence avec ses congénères et le monde ne courrait pas à sa perte.

… que des minorités identifiées parviennent à maintenir des majorités consentantes – comme les vagins précédemment cités – dans un état larvaire de rêve éveillé pour pouvoir vivre le leur. Ce rêve que vit Monsieur Beigbeder avec ses excès, ses excentricités mais aussi son intelligence brillante (n’oublions pas qu’il est « entré en littérature »!) qu’il livre aux pauvres hères qu’on dit sans-dents, qui ne peuvent pas s’offrir de costume trois pièces, afin que Narcisse bande plus fort en regardant les chiffres des ventes de ses livres grimper avec l’intensité du fantasme ouvrier.
Sur cent pages. Un mec qui baise, qui gobe et qui jouit d’être né avec des privilèges. Puisque cet être de lumière artificielle a persisté dans l’exercice, on peut lui accorder d’être, stricto sensu, « entré en littérature ». Mais l’a-t-il fait en empruntant l’orifice le plus approprié ?

NB : arrivé au terme de ce billet, se pose la question de son rangement. Il pourrait tout aussi bien siéger au rayon « Chroniques » qu’à l’étage « Handicap », voire dans le hangar « Colère ». Par conséquent, je choisis la catégorie « Quotidien » ! Après tout, qui ça intéresse ces catégories ? L’important c’est de gober.

(1) si vous avez pensé que le handicap ne limitait pas ce genre d'activités, je ne saurais trop vous recommander de vous faire défoncer la colonne vertébrale en laissant tomber un carter de BMW R69S (ce n'est qu'un exemple) sur vos reins, oublier votre bras gauche au vestiaire de la vie et vous rendre sur la plage la plus proche... ou persister dans la lecture de mes billets.

Le quotidien étant déjà la chose la plus pénible à supporter dans l'existence, je demande le rétablissement de la peine de mort pour les fauteurs de nuisance et briseurs de sérénité suivants :

-- Les gens qui cornent les pages des livres plutôt qu'utiliser un marque-page.

-- Les infirmes qui saluent les infirmes comme s'il existait une solidarité du handicap.

-- Les personnes qui ponctuent leurs phrases de rires « obligés » et niais.

-- Toute personne qui persiste à prendre des bains plutôt que des douches.

-- Les gens qui portent des baskets et/ou un survêtement.

-- Les gorets qui n'ont pas un regard pour l'orthographe et la langue française.

-- Les pauvres hères qui roulent leurs crêpes plutôt que les plier en quatre.

-- Le pourri qui se permit un jour d'inventer la mémoire de reprise de lecture sur les lecteur CD/DVD et tous les primates qui en ont fait une norme impossible à éviter.

-- Tout automobiliste qui emprunte la mauvaise voie de circulation dans les ronds-points (c'est-à-dire 95% desdits connards). Un lien.

-- L'immondice prétendument humain qui inventa la téléprospection et les imbéciles qui travaillent dans les centres dédiés à cette activité hautement nocive.

-- Les encombrants qui répondent aux questions par d'autres questions.

-- Les chauffards qui gardent les phares de leur poubelle allumés sur autoroute.

-- Les élus qui laissent les autoroutes éclairées alors que, en plus d'être synonyme de consommation d'électricité, cela est vecteur d'accidents.

-- Les fils de cons dont le nom est un prénom. Ça, je supporte pas !

-- La mort par lapidation pour les pauvres ânes bâtés qui font fi des autocollants « stop pub » sur les boites à lettres.

-- Les impensables primates qui posent des questions ou qui commentent les films durant leur projection.

-- Toute personne mentalement désorganisée qui ne rabat pas le véhicule à moteur qui lui sert de faire-valoir sur la file de droite lorsque celle qu'il emprunte est dégagée.

Soir3, 25 octobre 2012. La présentatrice du journal, large sourire aux lèvres, s'exclame en introduisant le sujet sur le concert des Rolling Stones par « Des américains à Paris ». On peut supposer qu'elle a espéré que les spectateurs comprennent l'allusion au film « Un américain à Paris », film musical des années 50 mais c'était sans compter sur la nationalité des momies du Rock (et l'absence de culture des mêmes spectateurs). Personnellement, ce genre d'erreur – légion à la télévision – ne m'amuse guère car, Claude Ecken en convenait lors de l'entretien que nous avons eu tous les deux en avril dernier, elles sont la marque d'un dilettantisme révoltant. Toute l'année, les journalistes louent leurs mérites et ne sont pas fichus de vérifier leurs informations. Vérifier une information, pour un journaliste, c'est faire son métier. Le prendre à la légère, c'est abrutir les masses (qui en sont déjà un niveau d'inculture et d'ignorance crasses, je vous le rappelle).

02 août 2012, j'appelle le guichet de ma banque au sujet de l'envoi d'un chéquier et je suis confronté à ce qu'il est convenu d'appeler un primitif. Je passerai sur les intonations de la voix du jeune macaque, si désobligeante de désinvolture analphabète que j'ai pensé m'être trompé de numéro et avoir obtenu un poste direct au bureau de supporters le plus proche.
Le garçon ne m'a pas dit bonjour mais il a acquiescé à mes salutations par un borborygme impossible à identifier, même dans un collège marseillais. Lorsqu'il m'a fait patienter, c'est-à-dire trois fois, il a employé l'expression cinglante de savoir-faire professionnel : « deux secondes ! »
Durant la conversation, si on peut user d'un terme pareil en la circonstance, il a multiplié les « ouais » et les bruits de mammifère (j'ai identifié plusieurs râles bovins et de petites protestations aux accents porcins).
Il a répondu à côté de mes questions à deux reprises.
Enfin, certainement en guise de trophée virtuel pour son manque de savoir-vivre, il s'est abstenu de me saluer avant de raccrocher.
J'aimerais savoir où certaines banques recrutent leurs employés...

01 août 2012, j'interromps toute activité pour vous rapporter ce que je viens d'entendre dans le poste de télévision :

Au badminton, les joueuses chinoises ont manifestement laissé leur adversaire du jour gagner le match. Certaines d'entre elles ne s'en cachent pas : elles ont perdu volontairement pour pouvoir rencontrer un adversaire moins difficile à battre au tour suivant. La sanction des organisateurs est conforme à l'esprit de l'olympisme, l'équipe est disqualifiée. Un porte-parole est filmé, on lui demande un résumé de l'évènement et il raconte ce qui précède en ajoutant que l'équipe a été disqualifiée et que c'est inadmissible... « Les gens ont payé pour voir du spectacle ! »

Sport, olympisme et valeurs se couchent devant le Dieu Monnaie...

À l'occasion des Jeux Olympiques 2012 et la boulimie (bouillie?) médiatique afférente, j'ouvre un article pour m'amuser.

Avant de parler du sportif, sachons le définir.
On désigne par sportif, toute créature qui s'adonne au sport. Qu'il s'agisse là d'un procédé de métonymie qui bafoue les règles de la langue (c'est usuel dans le monde, employer des adjectifs comme des noms) ne rend personne nerveux et c'est à cela qu'on distingue l'homme de l'huître. Le mollusque acéphale hermaphrodite ne se le permet pas, lui, civilisé qu'il est.
Le dictionnaire Littré nous apprend que le sport est un mot anglais employé pour désigner tout exercice en plein air, tel que la course de chevaux, le canotage, la chasse à courre, à tir, pêche, tir à l'arc, gymnastique, escrime, etc.
Ne soyons pas rétrograde et rendons grâce à notre époque en augmentant cette liste non-exhaustive de toutes les disciplines à couvert comme la natation (sous l'eau), la course automobile (soupape) et les activités sexuelles (soupirs).
Ainsi donc, le sportif se consacre au sport et se distingue par là-même de la bête. A-ton déjà surpris un caméléon tenter de percer une cible en son centre à l'aide d'un pistolet à air comprimé ? Le sportif est donc un être humain et, bien que l'objet de cet article soit de démontrer le contraire, il parle. A défaut de s'exprimer.

Grâce aux retransmissions radiophoniques et télévisuelles qui peuplent vos jours comme mes nuits depuis dimanche (je tape ces mots le mardi 31 juillet 2012, à la frontière du mercredi), nous allons, ici-même, apprendre à déchiffrer les sportifs.

Je déclare ouverte l'étude abécédaire (abrégée) du sportif !

-- 100% – Le sportif est régulièrement à 100% de ses capacités. Ce qu'il serait étonnant de constater chez le gras-double sédentaire que je suis l'est moins pour un athlète qui passe son temps à courir, sauter, nager, pédaler. Mais n'allez pas dire à un sportif que vous vous doutez bien qu'il donne tout ce qu'il peut plutôt que s'arrêter sur le bord de la piste pour se gratter l'entre-jambes, il serait capable de vous répondre par un coup de pied rageur. Un coup de pied haut tournant pour les plus vicieux (voir « J'ai tout donné » ).

-- 200% – Le sportif est plus rarement à 200% de ses capacités. In fine, accomplir des prouesses dont notre corps est incapable est impossible. Ou alors, il faut être américon, porter une cape rouge, un slip bleu et venir d'une autre planète. Mais n'allez pas dire à un sportif qu'il ment lorsqu'il prétend dépasser les limites physiologiques de son enveloppe corporelle, il pourrait vous faire la démonstration cuisante du danger que représente un javelot ou un bonnet de bain.

-- C'est clair – Il est communément acquis que la parole du journaliste, qui a le temps et les moyens techniques d'analyser toute situation sportive sponsorisée (sinon, ce n'est pas couvert par le journaliste qui ne travaille que sur les événements d'envergure, c'est-à-dire qui n'ont de justification que comme support au boniment publicitaire), la parole du journaliste, disais-je, est d'or. Le sportif, futé comme pas un, a, depuis longtemps, trouvé un moyen efficace de fuir les micros et de s'épargner l'humiliation d'une conversation et confirme la parole sacrée du journaliste par de limpides « C'est clair » (voir « Ouais »).

-- C'est la loi du sport – Nous savons qu’il y a les tables de la loi de Moïse et la loi du sport. Autant, la première est sujette à caution, tout comme la foi qui la sous-tend, autant la loi du sport est indiscutable et irréfutable. En voici une preuve, elle-même incontestable : lorsqu'un sportif français ne parvient pas à la hauteur des espoirs des journalistes, c'est à cause de la loi du sport. Terminer à une place d'honneur est également un sale coup de la loi du sport et jamais une défaillance du sportif, surtout chez les sportifs français.

-- J'ai tout donné (voir 100%) – Tout donner, pour un sportif, est une sorte de rituel itératif qui lui permet de donner un nom à son échec. S'il a tout donné, il ne pouvait pas égaler, encore moins l'emporter face à ses camarades (on n’a que des amis dans le sport) et néanmoins adversaires (arrêtez, on va penser qu’il s’agit de compétition !). Cette pirouette rhétorique autorise le sportif à s'absoudre sans effleurer l'humilité.

-- Je mérite ce résultat – On touche ici à ce que le sportif a de plus volumineux : l'ego. Le mérite s'accompagne, le plus souvent, des mots travail et sacrifice. Le sportif travaille et sacrifie sa vie à son sport. Et, tout comme des millions de personnes sur Terre qui adoptent un train de vie monomaniaque, le sportif obtient des résultats. Mais, quand c'est un sportif, c'est forcément plus digne et bien plus beau que le combat d'un syndicaliste ou d'un altermondialiste, un activiste écologiste ou le membre d'une ONG. C'est pour cela que le sportif mérite ses résultats. Lui.

-- Je suis allé chercher la victoire, le match, la médaille, le chrono, etc. – Pour des gens qui passent leur temps à concourir, les sportifs sont volontiers surpris de l'emporter. Lorsqu'ils « vont chercher une victoire », ils signifient qu'ils ont concouru pour gagner en donnant le meilleur d'eux-mêmes (voir 100%). Surprise ! Tout le monde pensait qu’ils étaient en villégiature avec leurs shorts bariolés et leurs chaussures de randonnée à bandes.

-- On a (j'ai) travaillé – Le sportif travaille, comprenez-vous. Il forge son corps à répéter les mêmes gestes optimisés jusqu'à n'être plus qu'une enveloppe vidée de son sens. Une machine. C'est l'essence même du sport moderne : sculpter des machines sponsorisées prêtes à montrer les couleurs et le logo d'un annonceur le plus longtemps possible. Pour cela, il lui faut gagner ou, pour les épreuves de longue haleine comme le Tour de France, s'échapper le plus longtemps possible car on filme les échappées (qui sont, en grande majorité, rattrapées par le peloton, preuve de l'inutilité sportive de l'exercice). Le sportif travaille et, lorsqu'il est une bonne machine à son maîmaître, il gagne. Et là, en sueur, devant un micro et des millions de décérébrés comme lui, il lâche entre deux respirations bruyantes : « J'ai travaillé ». Juste après avoir revêtu la casquette du sponsor, montré la marque de ses skis, enfilé le maillot de l'annonceur, en tenant bien haut une canette de saleté, etc.

-- On n'a (je n'ai) rien lâché – En individuel comme en équipe, le sportif ne lâche rien ; mais ne soyez pas moqueur : le sportif ne parle pas de son marteau, sa raquette ou son ballon. Personne ne sait de quoi parle le sportif quand « il ne lâche rien ». Les plus éminents sémiologues s'étant penchés sur cette tentative de dissertation, il est permis de penser que ne rien lâcher signifie ne pas donner l'occasion à l'adversaire de l'emporter. Le contraire revient à hypothéquer ses chances de victoire, autrement dit perdre son sponsor. Le sportif s'efforce, par conséquent, d'occulter le parrain de ses adversaires en leur imposant son commanditaire.

-- Ouais – Ici, le sportif rejoint la magnificence et le génie expérimental de l'enfulte. Le sportif, comme sept milliards de connards sur Terre préfère le ouais préhistorique au oui qui porte l'acquiescement au niveau d'art linguistique. Ce sujet n'a rien à faire ici, veuillez me pardonner.

-- Valeurs du sport – Les valeurs du sport, sacro-saintes, exemplaires, proverbiales et... bafouées.
J'arrête un peu le sarcasme et la moquerie pour vous livrer une anecdote qui, pour avoir bientôt 34 ans d'âge, n'en est pas moins véridique.
J'ai pratiqué exactement deux sports dans ma vie. Aucun ne m'a rien apporté tout simplement parce qu'ils m'ont été enseignés par des êtres humains.
Préadolescent, j'ai foulé des tatamis pour y découvrir les valeurs du Judo. Le professeur ne nous a jamais parlé de l'histoire de cet art martial, pas plus qu'il ne nous a appris les valeurs qu'il véhicule. Jusqu'à la ceinture verte, il s'est agi d'apprendre à faire tomber un adversaire pour gagner un combat. J'ai tiré ma révérence pour me mettre au jeu de balle au pied. Il le fallait bien, un des côtés de ma famille nourrissait une fascination pour les sports motorisés et l'autre pour ce jeu stupide qui n'a pour dessein que l'introduction d'une sphère de cuir dans un filet. Comme les sports mécaniques ont un coût prohibitif pour le monde prolétaire, je me suis laissé pousser sur les stades de pelouse ou de terre pour y pousser un ballon de façon très maladroite.
Je me faisais déjà chier parmi ces gens et je n'avais que seize ans. Mais les valeurs du sport m'ont aidé : pour je ne sais quelle compétition locale, nous avions perdu ce qu'on appelle un match aller et nous nous apprêtions à disputer le match retour à domicile.
Comme nous avions une équipe lamentable – imaginez un peu j'étais presque titulaire – nous étions en position de perdre quand la pause de la mi-temps survint. L'entraîneur (bénévole dans un club payant) entama une sorte de harangue dont les arguments furent les suivants :
« Ils nous ont volé au match aller, j'ai parlé à l'arbitre, il est avec nous (c'est beau le bénévolat).
Les arrières (dont je faisais partie), cassez-leur les jambes ! »
Je ne connaissais pas ces valeurs-ci du sport mais je sais une chose : que je ne veux plus jamais en entendre parler.

Mise à jour du 02 août :

-- Néologismes – Les sportifs, dans le but de toujours plus marquer l'histoire avec des records, emploient des néologismes savants auxquels personne, pas même un académicien, ne penserait. Les sportifs affirment, par exemple, qu'une rencontre est « gagnable », qu'ils peuvent « scorer » sans un regard pour la langue qu'il sont censés respecter. Certains même vont jusqu'à augmenter le nombre de syllabes des mots qu'ils lâchent et se permettent de parler de challenge (trois syllabes) en lieu et place de défi (deux syllabes). Pour des gens qui passent leur vie à tout faire plus vite que leur voisin, ça fait désordre.

Mise à jour du 04 août :

Lorsqu'un journaliste rencontre un sportif…
Aujourd'hui, 14:30, je jette un œil à la télévision et j'assiste à un échange aussi bref qu'édifiant : Teddy Riner arrive sur le plateau et rencontre le journaliste de la chaîne publique (1) qui l'accueille. Le journaliste fait comprendre à l'autre qu'il aimerait toucher sa médaille. Celui-ci la lui tend, le journaliste la soupèse et il écarquille les yeux de surprise en lançant un « Elle est lourde ! ».
Ce garçon doit être à peine plus âgé que moi et, logiquement, il a appris dès le début de sa scolarité, tout comme moi, que l'or est très dense, il pèse un âne mort.
La remarque était déjà terrifiante, mais c'est la réaction de Riner qui prête le plus à rire. Le judoka a, en effet, rétorqué : « Elle fait son poids ».
IN-CRO-YA-BLE !
Le sportif sait qu'une médaille d'or fait son poids. On peut légitimement se poser la question de savoir ce qu'il en est des médailles de bronze, de chocolat ou même des balais volants !

(1) La distinction est importante, on ne peut reprocher aux sociétés privées d'employer des analphabètes comme chez TF1, alors que le service public a une mission, lui.

On doit être entre 2010 et 2012 ; j'essaye de m'inscrire sur un site de covoiturage et je m'aperçois très vite que cela est impossible sans renseigner de numéro de téléphone portable. Chose que je trouve significative. D'une part, et je suppose que c'est de cette façon que tous justifient cette contrainte, ça n'est indispensable que dans un monde dans lequel la ponctualité n'est qu'accessoire et, d'autre part, il m'apparaît que cela participe à rendre un objet dispensable totalement nécessaire et donc... Qu'on se doit de posséder. Et pour posséder, il faut acheter. Consommer. Pour exister ?

Qu'ils restent sur le trottoir, je voyagerai seul, en polluant connement !

Sur www.clicauto.fr/cote-voiture-occasion, on vous propose de faire évaluer la côte Argus de votre véhicule gratuitement. Et, une fois les informations soumises, on vous demande le mode de paiement que vous choisissez...
J'ai dû louper quelque chose le jour où j'ai lu la définition du mot gratuit... Le site n'existe plus, naturellement.

Juillet 2010, j'achète des timbres à la Poste. Le carnet, très épais, fait treize feuilles (vingt-six pages !) dont trois seulement portent les timbres. Tout le reste, sur papier glacé, n'est que publicités, bons de réduction et autres petits pièges consuméristes.

Français, n'oubliez pas d'économiser le papier, la Poste s'occupe de le gaspiller !

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